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Médiathèque départementale des Deux-Sèvres

Elisabeth Quin

4 thèmes | 12 oeuvres
Il y a trois ans, Elisabeth Quin avait eu la gentillesse de répondre à notre invitation. Aujourd’hui, alors que sort "La Nuit se lève," un récit d’une grande sensibilité sur la maladie qui la plonge dans la nuit, nous republions sa sélection que nous avons augmentée de quelques œuvres dont elle parle dans son livre. Le style est précis, le ton à la fois léger et espiègle, celui avec lequel elle anime avec succès l’émission 28’sur arte.

Culture en mouvement

"Le BAL comme la Maison Rouge sont des lieux qui inventent des thématiques un peu obliques, qui ont un rapport à la fois assez didactique et ludique, qui vont dans les chemins buissonniers. On n’est jamais dans l’évidence, c’est souvent brinquebalant, et quelquefois, c’est absolument génial. C’est la pensée en marche."

Après Eden, la collection Walther

"L’exposition de la collection Walther, est constituée de 800 photos d’une cinquantaine de photographes africains, américains, allemands, chinois..". "Mais la Maison Rouge, ce n’est pas juste des expositions accrochées sur les murs. De plus en plus, Antoine de Galbert a la volonté d’organiser des rencontres d’artistes qui reçoivent d’autres artistes et de faire circuler la parole. Jean-Jacques Lebel, le dernier des surréalistes français, un historien, un critique d’art intempestif et très en dehors de toutes les chapelles, y a fait des causeries. Pour aller dans le sens d’un lieu ouvert à tous les vents y compris les vents contraires à l’art contemporain institutionnalisé, « l’art qu’on comprend rien » comme dirait l’autre. "

Dust / Histoires de poussière

En quelques années le BAL est devenu un des lieux importants de la photographie. A l’époque de notre premier entretien, Elisabeth Quin nous parlait de l’exposition Dust / Histoires de poussière. « "C’est une exposition autour d’une photo que Man Ray avait faite du "Grand Verre" de Marcel Duchamp, photo que Duchamp avait baptisée "Elevage de poussière". Le BAL a donc monté une exposition autour de la poussière et la photo, comment les photographes ont photographié la poussière, comment la poussière a inspiré les photographes, qu’est-ce que c’est que la poussière en photographie… C’est très bizarre comme thème, c’est tellement bizarre et inattendu que je me suis dit qu’il fallait en parler ! J’aime bien l’idée qu’à partir de quelque chose qui est la hantise de tout le monde, de tous les commissaires d’exposition, hop on fait une exposition sur ce petit grain qui dérange. C’est formidable, un très joli retournement. »"

Outrenoir

"La musique de Low sur scène, c’est de l’outrenoir comme disait Soulage. C’est très sombre, complètement hypnotique. Laszlo Ménès nous montre, lui, un type qui est déjà mort et qui veut créer un miracle. Et Arthur Penn nous présente un être vivant auquel il ne reste que les souvenirs de ceux qu'il a aimés et qui sont morts. La lumière luit-elle au bout du tunnel ?"

Ones and Sixes

"Sur scène, Mimi Parker, la femme du couple, qui tape sur sa batterie comme si elle était dans une sorte d’état de coma opiacé, ressemble à une vestale, a la figure d’un culte. Elle est stupéfiante. J’aime que ces gens fassent une musique de désespérance absolue tout en étant à la ville un couple marié depuis vingt ans. Ils ont cinq enfants, ils sont mormons et on sent que rien ne les séparera jamais, même pas la dépression ! Il y a ce mélange entre la vie de famille avec toute la douceur qu’elle implique et une noirceur absolue, une rage, une sauvagerie dans la musique. Merveilleusement désespérée. "

Le Fils de Saul

"C’est l’anti- Roberto Benigni, l’anti-Spielberg, c’est l’anti-volonté de créer une narration soit complaisante, soit permettant au spectateur de s’identifier. Il est totalement en dehors de ces problématiques, il ne cherche rien d’autre que montrer un type qui est déjà mort et qui veut créer un miracle, rétablir une généalogie à l’intérieur d’un camp d’extermination. C’est à dire de réactiver le geste qui fait qu’on n’est pas des animaux : une sépulture, une prière. Cette évidence, cette limpidité, cette modestie du propos sont portés par un projet esthétique incroyable puisqu’on est dans le cou, dans les yeux, dans le visage du personnage. On est sur lui, donc toute la question éthique est réglée en une seconde. C’est du cinéma purement physique, une expérience pour le spectateur. "

Little Big Man

Dans le film d’Arthur Penn qui participa à régénérer le western au cinéma en montrant une autre version de la conquête de l’Amérique par les blancs, le vieux chef indien Peau-de-la-Vieille-Hutte, devenu aveugle, est persuadé que, puisqu’il ne voit plus, les autres ne le voient plus non plus. Il appelle la grande pelisse dans laquelle il se drape sa cape d’invisibilité. "« D’expérience Hull savait que les aveugles sont invisibles, car ne pas voir revient à ne pas être vu. (…) La cape d’invisibilité de Peau-de-la-Vieille-Hutte"" lui donne de la force et de la singularité. Elle a sauvé la vie du vieux chef indien (…) » E.Q."

Quête d’absolu

"D’un côté une femme peintre qui a vécu une vie de femme mais comme une pionnière, aux portes du désert, de l’autre une écrivaine qui écrit sur un auteur qui s’est consacré à son œuvre de manière la plus pure, la plus janséniste, la plus à l’écart du bruit, de la fureur, des paillettes et des séductions du monde."

Titus n’aimait pas Bérénice

"Partant d’un principe éculé, le principe des romans de gare, un chagrin d’amour, Nathalie Azoulai a construit une trajectoire romanesque fantastique. En s’identifiant à Bérénice, la romancière remonte à la source, aux vers de Racine, pour écrire un roman sur Jean Racine, comment il s’est pris dans ses contradictions, son goût de l’absolu - tout en concentration sur son art - tout en étant l’écrivain de la France et de Louis XIV. Elle raconte magnifiquement ce clivage, comment il s’en est accommodé ou pas, son parcours de Port-Royal à Versailles et retour. Et surtout le roman parle de comment une femme l’a consolé, a consolé son chagrin d’amour. Extraordinaire."

Georgia O’Keeffe

"C’est cette femme peintre, morte à 98 ans, la deuxième plus grande longévité chez les femmes plasticiennes avec Louise Bourgois. Elle a fait une peinture organique et sensuelle, des gros plans de fleurs, de corolles, de pistils, dans des couleurs très pastel, des crânes d’animaux, des représentations du désert. Elle a atteint une sorte d’universel tout en peignant ce qu’il y avait autour d’elle. Elle était très proche de photographes dont son mari Alfred Stieglitz, elle a donc un sens du cadre hors normes. Les arums de Mapplethorpe ont leur translation en couleur avec les tableaux de Georgia O’Keeffe. La même sexualité, la même sensualité mais des couleurs très douces, très délavées. On n’en a pas fini avec Georgia O’Keeffe…"

La nuit se lève

Cela fait dix ans qu’on lui a diagnostiqué un glaucome, cette maladie qui réduit petit à petit le champ de vision des malades jusqu’à provoquer la cécité complète, maladie aujourd’hui encore incurable. Depuis, Elisabeth Quin essaie d’apprivoiser ses angoisses en allant au devant de l’état qui la guette en convoquant artistes, mythes, médecins, esprits cartésiens ou marabout africain. Dans "La nuit se lève, "elle nous fait part de ses réflexions, nous raconte ses rencontres, son pèlerinage à Lourdes, le tout dans des notes courtes qu’elle appelle "«des notes de lecture et de réveil». "

  Livre doc
La nuit se lève
Auteur: Quin, Elisabeth (1963-....)
Edition: Bernard Grasset

Y’a d’la joie

"De la joie, de la causerie, de la provocation, du surréalisme, des tubes, de la convivialité, de l’intelligence… "

Ici le jour (a tout enseveli)

"C’est mignon comme tout, c’est léger, une sorte de relève un peu « bashungienne » sans la profondeur de Bashung, c’est sympathique, pas prétentieux, un peu rock apache… C’est une fabrique à tubes en fait. Je trouve ça assez réjouissant."

Chaque jour est un festin

"La bouffe est devenue anxiogène, tout est hanté, corrodé par le principe de précaution, or il se trouve qu’on publie le livre d’un de mes écrivains préférés, James Salter - mort l’année dernière "(2015) "et l’auteur de "Une vie à brûler", le chef-d’œuvre absolu - un livre co-écrit avec Kay, sa femme, sur la bouffe et le rapport qui inclut nécessairement le rapport à la conversation, à la convivialité, avec des commensaux pour lesquels on cuisine pendant des heures. Le truc est très charmant parce que c’est un dialogue assez pudique et délicat comme un dialogue entre un mari et sa femme, dans lequel on sent que cinquante ans de mariage n’ont pas entamé la complicité, la connivence. C’est merveilleux. C’est le point d’orgue de ce type qui, par ailleurs, a si bien écrit sur les femmes."

Robert le Diable

"Robert Desnos est mort des suites de la déportation mais ce spectacle ne pète pas plus haut que son cul, ne prétend pas théoriser, phsychologiser, ni faire une approche historique ou politique de la déportation ou du nazisme. Il s’agit juste de restituer les poèmes de Desnos sous la forme d’un spectacle de cabaret. Il y a juste deux couples qui chantent les poèmes complètement « louf » de Robert Desnos avec juste la fantaisie. Et dire : la fantaisie survivra. A travers sa poésie, on sent que Desnos avait une sorte de prémonition, la prescience d’un destin tragique. Mais ce qui surnage, c’est le goût de la vie, la joie de vivre et la fantaisie. Merveilleux, pour tous âges, enfants, vieillards subclaquants…"

Nous ne sommes pas seuls au monde

"« Décembre 2015, j’appelle Tobie Nathan, le lutin dissipé de l’éthnopsychiatrie." "(…) Celui-ci perpétue son enseignement" (de son maitre Georges Devereux) "dans un centre d’aide psychologique pour migrants, déracinés, et « revenants » de Syrie. Nathan le conçoit comme un lieu expérimental de médiation entre la pensée scientifique et les pensées rapportées avec elles par les populations émigrées." "Quelques longues conversations m’aident à renouer avec ma mère après la disparition de mon père. » E.Q."

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