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Médiathèque départementale des Deux-Sèvres

La littérature russe à Paris

5 thèmes | 13 oeuvres
Cette année, la Russie est le pays invité du Salon du Livre de Paris. L’occasion est belle de vous proposer un parcours pour lequel nous avons laissé de côté les grands classiques pour puiser dans les œuvres du 20e siècle, au cours duquel “l’âme russe” a été particulièrement secouée. Bon voyage.

Grands espaces, grandes histoires

Même ramenée à ses frontières d’avant l’URSS, la Russie reste un pays aux dimensions impressionnantes (26 fois la France), la Sibérie recouvrant 80% de ce territoire. Un sacré décor pour laisser glisser son imagination.

Le temps gelé

On connaissait les aventures de Jeremiah Johnson ou celles de Jack London, voici celles du trappeur-chasseur-poète Mikhaïl Tarkovski, installé depuis plus de trente ans en plein cœur de la Sibérie, sur les rives du fleuve Ienisseï. Le soir, solitaire dans sa cabane au fond de la taïga, ou dans la chaleur du petit village de Bakhta, il a écrit des histoires simples d'animaux, de forêts, de rivières, de chasse ou de pêche, de glace, de neige et de motoneige, qui racontent la vie des chasseurs de zibelines et des habitants de la région. Avec beaucoup de vérité, il nous ouvre ce monde inconnu et nous offre la taïga en partage. Mikhaïl Tarkovski est le neveu du réalisateur Andreï Tarkovski ("Stalker, Solaris"). Bon sang ne saurait mentir… Vous pouvez lire le début du "Temps gelé" ici

  Livre Fiction
Le temps gelé
Auteur: Tarkovskij, Mihail Aleksandrovic (1958-....)
Edition: Verdier
Collection: Slovo

Une saga moscovite

Après avoir écrit deux romans ("Une brûlure" en 1975 et "L'île de Crimée" en 1979, tous deux interdits par la censure soviétique), Vassili Axionov est déchu de sa nationalité et expulsé. Exilé aux Etats-Unis, où il y enseigna la littérature russe, il a travaillé sur le projet d’une fiction historique sur l’URSS pour les chaînes de télévision publiques américaines. Ce projet abandonné, l’éditeur Random House a convaincu Axionov de transformer le scénario en roman. "Une saga moscovite" raconte donc l’histoire d’une famille de médecins, les Gradov, de 1925 jusqu’à la mort de Staline en 1953. A la manière de Tolstoï dans "Guerre et Paix", dont Axionov dit qu’il est une de ses influences, il entremêle la reconstitution historique et les trajectoires personnelles dans l’une des fresques romanesques les plus ambitieuses publiées sur l’URSS. Une histoire qui est un peu la sienne puisqu’il est lui-même médecin et que ses parents furent arrêtés pour trotskisme et déportés au goulag pendant dix-huit ans.

L’âme Russe

Quand on parle de culture russe, on imagine tout de suite un poète mélancolique, un peu saoul, qui déclame des vers nostalgiques sur la Russie d’hier (il y toujours un hier, quelque soit l’époque) et la profondeur de l’âme russe. Dostoïevski ne disait-il pas : "« le besoin spirituel le plus élémentaire du peuple russe est la nécessité de la souffrance »" ?

Chagall en Russie

"Chagall en Russie" n’est pas une biographie, mais plutôt un conte poétique, Joann Sfar préférant s’inspirer de l'œuvre de Chagall que de la réalité. Il n’en reste pas moins que l’on retrouve ici les influences de l’artiste du plafond de l’Opéra de Paris, pièce maîtresse d’une œuvre inspirée par la tradition juive, la vie dans les villages en Europe de l'Est et, bien sûr, le folklore russe. Des influences que l’on retrouve dans l’œuvre de Sfar. Pas un hasard donc.

  Livre Fiction
Chagall en Russie
Auteur: Sfar, Joann (1971-....)
Edition: Gallimard

Correspondance à trois

"Marina Tsvetaïeva, Boris Pasternak, Rainer Maria Rilke "correspondent les uns avec les autres. Poésie, traduction, exil, maladie, sentiment amoureux, possession, désir, rendez-vous manqué, politique, censure, Europe, littérature : tout est brûlant dans cette correspondance. L’admiration que se portent ces poètes est à la fois ardente et réciproque. Cette correspondance hors norme entre trois des plus grands poètes des années 20–30, se compose d’une cinquantaine de lettres et s’achève à la mort de Rilke à l’été 1926.

Les derniers jours de Mandelstam

"« Nous vivons, insensibles au pays qui nous porte. A dix pas, nos voix ne sont plus assez fortes./ Mais il suffit d’un semi-entretien, Pour évoquer le montagnard du Kremlin./ Ses doigts épais sont gras comme des asticots, Et ses mots tombent comme des poids de cent kilos./ Il rit dans sa moustache énorme de cafard, Et ses bottes luisent, accrochant le regard./ Un ramassis de chefs au cou mince l’entoure, Sous-hommes empressés dont il joue nuit et jour./ L’un siffle, l’autre miaule, et un troisième geint, Lui seul tient le crachoir et montre le chemin./ Il forge oukaze sur oukaze, en vrai forgeron, Atteignant tel à l’aine, tel à l’œil, tel au front./Et chaque exécution est un régal, Dont se pourlèche l’Ossète au large poitrail. »" Pour ce poème Mandelstam sera persécuté par Staline jusqu’à sa mort dans un camp de prisonnier, et tous ceux qui aidèrent le poète et sa femme eurent à subir de terribles représailles et brimades. La poétesse Vénus Khoury-Ghata dresse, dans ce petit roman, le portrait d’un homme qui récita ses poèmes jusqu’au moment ultime de "« peur de mourir avant eux »". L’hommage d’une poète à un poète.

Pouvoir de l’imagination

On le rappelle ailleurs, l’imagination est parfois l’un des seuls moyens d’échapper à la réalité, voire d’en rendre compte. Dans ce domaine, les écrivains russes nous subjuguent.

Dieux et mécanismes

Dans les pays totalitaires, l’imagination est l’un des rares moyens de rendre compte, par des voies détournées, de la réalité du quotidien. Ce qui explique que la science-fiction a toujours été populaire en ex-Union Soviétique. Viktor Pelevine, né en 1962 et considéré comme l’un des écrivains les plus brillants de sa génération, mélange habilement les références mystiques de l’ancienne Russie, la science-fiction, les sciences, les références littéraires et un sens de l’absurde porté au plus haut. Qu’on en juge : dans "Opération Burning Bush", le premier texte de "Dieux et mécanismes", George Bush est manipulé par un imitateur enrôlé par le FSB (ex-KGB) qui  se fait passer pour Dieu, grâce à un émetteur placé dans le plombage d’une molaire du Président. Dans le deuxième texte, "Les codes antiaériens d’Al-Efesbi", un agent des services secrets russes (le FSB) est envoyé en Afghanistan pour détourner les frappes des drones américains. Il passe dans le camp des talibans, qui le baptisent Al-Efesbi, se déplaçant  sur son âne avec son ordinateur…

Soyez comme des enfants

"« Voici venu le moment de révéler le mieux gardé des secrets à l’Ouest comme à l’Est : Vladimir Charov est l’un des plus grands écrivains d’aujourd’hui, capable de renouveler ici l’exploit déjà accompli dans "Les répétitions (Actes Sud") : créer un espace-temps parallèle assez convaincant pour le disputer à tous les livres d’histoire et de géographie, pour plonger le lecteur dans un état second à force d’immersion dans une réalité deuxième, pour étendre le domaine de l’imaginaire jusqu’à ce qu’il se superpose exactement au territoire du concret, vieux rêve d’une carte sans échelle qui hantait Borges dans une célèbre nouvelle. »" Extrait de la préface d’Eric Naulleau.

Raisons d’être triste

Si l’espace est grand, il n’est pour autant pas plus facile d’échapper à la terreur, au pouvoir en place ou à la sauvagerie de l’économie libérale.

Faute d’amour

Depuis la chute du mur de Berlin, en 1989, et le démantèlement de l’URSS, la sauvagerie de l’économie libérale avec son lot de corruption, de dérégulation des marchés publics, l’apparition d’une classe moyenne aspirée par une frénésie de consommation s’est abattue sur la Russie, comme partout ailleurs. C’est sur fond de cette nouvelle Russie, qu’Andreï Zviaguintsev plante l’histoire de ce couple séparé et qui use ses dernières forces à se déchirer à propos de la vente d’un appartement. Trop occupé chacun à penser à sa vie nouvelle de petit bourgeois, ni le père ni la mère ne prennent le temps de s’occuper de leur fils. Jusqu’à ce que celui-ci disparaisse. César du Meilleur film étranger.

Transsiberian back to black

Avec "Transsiberian back to black ("traduit par Thierry Marignac, également directeur de la collection Zapoï), Andreï Doronine renoue, à sa manière ultra-moderne, avec les récits toxicomanes des grands ancêtres, dans ce qui est plutôt un roman à vignettes qu’un recueil de nouvelles. Le narrateur, toujours plus ou moins le même, plongé dans l’abîme de sa toxicomanie, passe à travers tout le théâtre de l’absurde et les situations les plus saugrenues, de la toundra de Norilsk, avec un chaman censé le guérir, aux spectres dostoïevskiens d’un Saint-Pétersbourg qu’on n’avait plus conté sous cet angle depuis un siècle : ambulancier pour chiens, régisseur d’un théâtre pour enfants dont les acteurs prennent de l’acide, employé de l’administration des poids et mesures convoyant des pots-de vin jusqu’en Sibérie. Et toujours, un sens de l’ellipse stupéfiant, une ironie acide. La collection Zapoï a été créée par Thierry Marignac

Little Tulip

Peu avant la Seconde Guerre mondiale, la famille de Paul, six ans, a quitté les Etats-Unis pour s’installer à Moscou, pour que son père, illustrateur, puisse travailler avec le cinéaste Sergueï Eisenstein. Accusée d’espionnage, la famille est arrêtée et déportée dans un goulag de la province de Kolyma de sinistre réputation. Séparé des siens, Paul apprend alors à survivre en devenant un as du couteau, mais surtout grâce à son talent de dessinateur qui, petit à petit, fera de lui une légende du tatouage. Adulte et revenu à New York, il devient un spécialiste du portrait robot et mène une vie tranquille jusqu’au jour où son passé refait surface… L’histoire initiatique de ce jeune Américain, plongé dans l’enfer du goulag, peut être vue comme le deuxième volet d’une saga que le tandem  François Boucq – Jerome Charyn a commencée avec "Bouche du diable "(1990) qui raconte l’histoire d’un orphelin placé dans une institution russe, et qui deviendra un espion dormant dans l’Amérique des années 70.

  Livre Fiction
Little Tulip
Auteur: Charyn, Jerome (1937-....)
Edition: le Lombard
Collection: Signé

Réalités floues

En Russie, puis en URSS, puis à nouveau en Russie, la réalité du quotidien peut être difficile à supporter. Suivant ses goûts, ses moyens et la législation en vigueur, chacun soulage ses maux comme il le peut. 

Moscou-sur-Vodka

Ecrit en 1969, circulant sous forme de manuscrit, le livre devint un mot de passe pour l'intelligentsia russe des années 70 et 80. Rapidement traduit dans une vingtaine de langues (1976 en France), le livre apparut justement pour le miroir intime du Russe ordinaire, nourri de soviétismes, ne croyant plus à grand chose sinon à l'avenir radieux d'une nouvelle bouteille. Erofeïev a évidemment beaucoup galéré, pas mal bu et donc mis beaucoup de lui dans ce livre très noir (ivre), très, très drôle, qu'il définissait dans sa dédicace (à son fils) comme un "« poème tragique »." Il devait mourir d'un cancer en 1990, deux ans après avoir vu paraître enfin son livre en Russie, du moins une version expurgée, dans le journal… d'une ligue antialcoolique. (Libération 1997, à l’occasion de la réédition du roman)

Roman avec cocaïne

Le mythe entourant Agueev – auteur inconnu, manuscrit arrivé par la poste d’Istanbul dans les années 30, identité jamais élucidée – a souvent occulté l’œuvre elle-même, parfois attribuée à Nabokov. Récit glaçant de la chute d’un étudiant pauvre de Moscou, d’une intelligence remarquable, promis à un avenir incertain lors du fatal hiver 1917. Attiré dans l’orbite de la cocaïne, il est animé par une volonté autodestructrice saccageant tout son univers (sa famille, ses études, ses misérables amours) et dont le goût pour l’auto-flagellation rappelle un Stavroguine. Cette chronique de la fin d’un individu, en proie aux abysses du manque, est une bien curieuse métaphore de la fin du monde tsariste qui lui est contemporaine.

Morphine

Si la légende prétend que Mikhaïl Boulgakov n’aurait pas été insensible aux charmes de la déesse Opiacée, son roman "Morphine" n’est pas un récit à la première personne. Il s’agit de la découverte fascinante, par un médecin d’une obscure province tsariste, dans l’hôpital où il exerce, du journal de son prédécesseur englouti par les affres de l’anesthésiant qu’il administre à ses patients et pour lequel il se découvre, au grand dam de quelques infirmières, un goût immodéré. Au fur et à mesure que le narrateur avance dans sa lecture du journal, son regard sur l’abîme devient vertigineux. Situé en 1917, dans un coin perdu où les rumeurs des soubresauts révolutionnaires ne parviennent que par de lointains échos des capitales, ce roman est, lui aussi, une métaphore de la désagrégation d’un monde.

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