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Médiathèque départementale des Deux-Sèvres

70 ans de Série Noire

6 thèmes | 19 oeuvres
« "L’amateur d’énigmes à la Sherlock Holmes n’y trouvera pas souvent son compte" », annonçait Marcel Duhamel lorsqu’il créa la Série Noire, en 1945. Un titre de collection trouvé par Jacques Prévert, une couverture dessinée par Picasso, et une passion assumée pour la littérature de mauvais genre et des bas-fonds, immorale et subversive : la Série Noire devient le reflet des désordres de la société, de ses perversions et de ses hypocrisies. Plus de 2880 romans plus tard, elle ne cesse de révéler de nouveaux talents. L’occasion, alors que se tient à Lyon, du 27 au 29 mars, le festival "Quais du Polar", de vérifier ce qu’en disait Jean-Patrick Manchette : « "Duhamel a inventé la grande littérature morale de notre époque." ».

Ethno-polar

C’est le dernier terme à la mode pour désigner un genre qui voyage de plus en plus, tout en se méfiant de l’ethnocentrisme, et qui démonte la notion d’exotisme pour devenir une sorte d’anti-guide des contrées plus ou moins lointaines. Car le polar s’apparente aussi à une « littérature de territoire », qui prend racine pour dire des existences, des destins et des dysfonctionnements spécifiques. De la Norvège de Jo Nesbo au Sénégal d’Abasse Ndione, en passant par la Mongolie de Ian Manook, il aura « contaminé » toutes les littératures du monde, devenant ainsi quasiment un genre universel.

L’Expatriée

Quand Elsa - le personnage - débarque à Singapour - « "une cité sans crime, sans chewing-gum et sans âme" » - pour y suivre son mari, elle découvre la vacuité des existences des épouses des « expats », qui passent leurs journées à la piscine. Elle devient la maîtresse de « "l’Arabe blond" », qui aime la poésie et les voyages. Lorsqu’il est retrouvé, assassiné, Elsa est suspectée par la police et sa domestique philippine la fait chanter… La construction est vertigineuse, et Elsa Marpeau s’affirme comme l’une des voix les plus puissantes du polar français contemporain.

  Livre Fiction
L'expatriée
Auteur: Marpeau, Elsa (1975-....)
Edition: Gallimard
Collection: Collection Série noire

Du Sang sur la glace

Tout en s’étant fait un nom en mettant en scène un flic indiscipliné de la police d’Oslo, Harry Hole, Jo Nesbo s’est offert ici un hommage à David Goodis et Jim Thompson, en campant un tueur à gages en proie aux doutes existentiels et aux dilemmes cruels. Un roman noir forcément « climatique », avec des images percutantes : « "Je pensais que le sang gèlerait sur la neige et resterait en surface. Mais à la place, la neige le pompa, l’aspira en profondeur, le cacha, comme si elle en avait elle-même besoin." »

  Livre Fiction
Du sang sur la glace
Auteur: Nesbo, Jo (1960-....)
Edition: Gallimard
Collection: Du sang sur la glace

Renegade Boxing Club

Le roman noir, c’est aussi l’irruption d’idiomes en décalage avec les langues officielles des institutions. Maitriser plusieurs langues c’est se rendre incompréhensible aux oreilles de ses ennemis ou servir de courroie de transmission entre deux camps. Dans le cas de Dessaignes, français exilé dans la Russie de Poutine, le personnage central de "Renagade Boxing Club", c’est un moyen de fuir une situation devenue dangereuse à Moscou en essayant de se fondre dans la culture de la Ville Noire du New Jersey, où il est indispensable de maitriser le langage des poings d’une salle de boxe. « "Si on envisageait la boxe comme un langage, Dessaignes en déchiffrait la grammaire." »

Frissons et faits divers

Si les histoires policières ont rapidement fasciné le public, c’est qu’elles prétendaient s’inspirer de faits réels. Le fait divers est devenu le nom d’une rubrique à part entière en 1863 dans "Le Petit Journal". Il s’agissait autant de crimes effrayants que d’actes de sauvetage héroïques. C’était presque un miroir de la société, et un extraordinaire vivier dans lequel les romanciers, d’Edgar Allan Poe à Michael Connelly, en passant par Jim Thompson ou James Ellroy, n’ont cessé de puiser.

Crimes exemplaires

Connu aussi comme étant celui qui commanda à Picasso le tableau Guernica, Max Aub, homme de théâtre et poète proche des Surréalistes, publia ces géniaux aphorismes pour tenter de résoudre enfin cet éternel mystère : pourquoi tue-t-on ? Les réponses, souvent teintées d’humour noir, tiennent en 130 confessions de criminels - fictives ou entendues par l’écrivain. Toutes les raisons sont bonnes, et elles sont parfois savoureuses. Ainsi, à la phrase : « "Je l’ai tué parce qu’il était plus fort que moi" », succède celle-ci : « "Je l’ai tué parce que j’étais plus fort que lui" ». Logique.

French Deconnection

Derrière les grands écrivains de romans noirs marqués par le réalisme social, on trouve souvent des hommes de terrain, voire des journalistes, et ce, depuis Eugène Sue ou Ernest Hemingway. Philippe Pujol a suivi durant des années, pour le quotidien La Marseillaise, les trafics de drogue dans sa ville. Soit une sorte de chronique quotidienne de la vie des « chouffes » - les guetteurs - ou des « nourrices », ponctuée par les règlements de compte, les saisies des stups, ou les suspensions de flics ripoux. Une formidable plongée dans la réalité de la misère et de la violence sociale, qui a valu à son auteur le Prix Albert Londres en 2014.

  Livre doc
French deconnection
Auteur: Pujol, Philippe (1975-....)
Edition: Robert Laffont

Encyclopédie illustrée des pistolets, revolvers, mitraillettes et pistolets mitrailleurs

Bastien : Dis donc, j' le connais pas celui-là, il est nouveau ? Pascal : C'est le petit dernier de chez Beretta, j' te le conseille pour le combat de près et puis pour le coup à travers la poche, dans le métro, dans l'autobus. Mais note hein ! Faut en avoir l'usage sans ça au prix actuel tu l'amortis pas. Bastien : Le prix passe, la qualité reste, c’est pas l’arme de tout le monde ça ! "Les Tontons Flingueurs " Qu’elles fassent des gros trous, des petits, qu’elles s’enrayent ou qu’elles soient de précision, qu’elles se contentent d’être dissuasives ou qu’elles crachent la mort, un polar sans arme à feu c’est un peu comme une caisse à outils sans clé de 12.

Anatomy Of A Murder

C’est à un Duke Ellington qui vient de renouer avec le succès qu’est confiée, par le réalisateur Otto Preminger, la création de la bande originale de ce film - "Autopsie d’un meurtre" - qui relève davantage du polar judiciaire, avec ses procédures et ses batailles d’avocats, que du film noir. Le jazz a longtemps été la bande-son des romans policiers, c’est la couleur musicale évidente du genre. D’ailleurs, que vaudrait "Ascenseur pour l’échafaud" sans la musique de Miles Davis ?

Le « héros » : flic ou voyou ?

Dans le roman noir, le criminel « s’humanise » parfois, et la figure mythique du détective demeure celle d’un héros broyé par le monde et marqué par la fatalité. Même s’il est « preux » et moral, il ne croit plus vraiment en la justice des tribunaux. Il est borderline, il sait que tout se règle dans les arrière-cours et les ruelles sombres, et il agit dans les marges. Parfois, la violence de l’enquêteur devient plus terrifiante que le mal qu’il combat... Comme chez le personnage de Ken Bruen, le Sergent Brant, qui affirme : « "Moi, je suis né avec la rage, et depuis ça n’a fait qu’empirer." »

The Long Goodbye

Né en 1888, à Chicago, Chandler a reçu une éducation victorienne en Angleterre avant de revenir aux Etats-Unis. Fonctionnaire médiocre, poète raté, il se lance dans l’écriture de nouvelles policières pour les pulps un peu par dépit, avant de se mettre à adorer son nouveau métier. Philip Marlowe, son privé fétiche, apparaît pour la première fois en 1939 dans "Le Grand sommeil". Sorte de chevalier moderne, Marlowe est loyal et incorruptible. Il apparaît dans huit romans de l’auteur, et "The Long Goodbye" est un peu son apothéose.

Ringolevio

C’est aussi ça, la liberté de la Série Noire : la publication de ce roman autobiographique, qui est un livre-clé de la contre-culture. Emmett Grogan, incarnation de la mauvaise graine, a grandi dans les rues new-yorkaises, entre la came et le jeu du "ringolevio" - une méga-baston entre bandes - avant de voyager et de devenir le pilier d’une formidable aventure dans le San Francisco des années 1960, celle du collectif des "Diggers", cette troupe de théâtre qui accueillait les fugueurs et les paumés pour leur servir des repas. Grogan, c’est encore, comme il le dit, l’art de « "jouer sa vie sur un écart" ».

Le Chanteur de gospel

Harry Crews, c’est l’écrivain surgi de l’Amérique profonde, avec une culture white trash et redneck. Ses romans, violents, décadents et aux accents gothiques, sont peuplés de freaks et de personnages de foire. Celui-ci, son premier, est un pur chef-d’œuvre. Dans un bled de Géorgie, Enigma, on attend le retour de l’enfant du pays qui a réussi, il doit venir chanter en hommage à Mary Bell, « "qui s’est fait poignarder soixante et une fois et violer au moins une puisque le shérif n’a pas retrouvé sa culotte." »

Littérature de gare

Prosaïque, l’écrivain Walter Benjamin estimait que le roman policier permettait d’endormir la peur du voyage - en train - en la remplaçant par une autre. Si les polars ont eu si mauvaise réputation, c’est souvent qu’ils étaient mal traduits et que leurs auteurs touchaient des droits inférieurs à la moyenne, ce qui permettait un prix de vente modique. Décriée par les « académiciens », la Série Noire fut pourtant acclamée par les Surréalistes, les Oulipiens et par un certain Jorge Luis Borges, qui disait : « "Le roman policier sauve l’ordre dans une époque en désordre." »

Les auteurs de la Série Noire

Il ne s’agit pas d’un simple dictionnaire ou inventaire des écrivains de la Série Noire. Au-delà d’un précieux travail de documentation et d’archivage sur des auteurs qui, sans cela, tomberaient complètement dans l’oubli, ce pavé recèle, entre les lignes, une profonde analyse sur ce qu’est le genre policier. Il esquisse des filiations et, en tissant des liens entre des auteurs d’époques différentes, révèle un genre en perpétuelle mutation, qui offre une infinie liberté et qui ne cesse d’expérimenter et d’évoluer, tant sur le fond que dans la langue et le style.

La Reine des Pommes

Jean Giono le comparait à Steinbeck ou Hemingway. Quand Chester Himes s’est installé à Paris, en 1953, il a rencontré Marcel Duhamel, qui l’a poussé à se mettre au polar, l’encourageant à nourrir ses histoires de ses propres expériences de « mauvais garçon » des rues de Harlem. Il crée alors les flics Ed Cercueil et Fossoyeur, qui se déclineront sur plusieurs « aventures » et qu’il fera mourir dans Plan B, en 1969. La vraie subversion ? Himes n’oppose pas simplement les ghettos noirs à l’Amérique blanche, mais il dénonce aussi le fait que certains Noirs exploitent la misère de leurs frères.

Pulp fictions

C’est dans les "pulps" américains nés au début des années 1920, tels que "Black Mask" ou "Dime Detective", qu’ont débuté la plupart de ces écrivains qui entendaient s’affranchir des codes du « polar de détection » à la Agatha Christie, le fameux "whodunit". Des James Cain, Horace McCoy, Dashiell Hammett ou Raymond Chandler, qui préfèrent le décor - de la rue - à l’intrigue, y feront notamment leurs premières armes : c’est dans "Black Mask" que paraît, en 1929, la première aventure de Sam Spade, "Le Faucon Maltais", qui va marquer profondément de futurs écrivains comme Chester Himes.

Les auteurs de la Série Noire

Il ne s’agit pas d’un simple dictionnaire ou inventaire des écrivains de la Série Noire. Au-delà d’un précieux travail de documentation et d’archivage sur des auteurs qui, sans cela, tomberaient complètement dans l’oubli, ce pavé recèle, entre les lignes, une profonde analyse sur ce qu’est le genre policier. Il esquisse des filiations et, en tissant des liens entre des auteurs d’époques différentes, révèle un genre en perpétuelle mutation, qui offre une infinie liberté et qui ne cesse d’expérimenter et d’évoluer, tant sur le fond que dans la langue et le style.

The Long Goodbye

Né en 1888, à Chicago, Chandler a reçu une éducation victorienne en Angleterre avant de revenir aux Etats-Unis. Fonctionnaire médiocre, poète raté, il se lance dans l’écriture de nouvelles policières pour les pulps un peu par dépit, avant de se mettre à adorer son nouveau métier. Philip Marlowe, son privé fétiche, apparaît pour la première fois en 1939 dans "Le Grand sommeil". Sorte de chevalier moderne, Marlowe est loyal et incorruptible. Il apparaît dans huit romans de l’auteur, et "The Long Goodbye" est un peu son apothéose.

Hammett

Wenders a eu la bonne idée de mettre en scène un Dashiell Hammett, non pas écrivain, mais détective. Le créateur du privé Sam Spade - qui apparaît notamment dans "Le Faucon Maltais" - fut effectivement engagé comme enquêteur en 1921 par l’agence Pinkerton, pour laquelle il sillonnera les Etats-Unis, en passant par Butte, Montana, ville minière qui servira de modèle à la ville de Poisonville dans "La Moisson rouge". Hammett fut aussi celui qui démonta le mythe romantique du criminel : « "Peu d’entre eux subviennent à leurs besoins (…) De toute façon, la plupart sont entretenus par leur femme." »

Un observatoire de la société

Dans ses romans, Raymond Chandler entendait décrire un monde « "où les gangsters peuvent gouverner les nations, où un juge à la solde des politiques se contentera d’intervenir pour la forme." » Dans une veine réaliste, le polar s’en prend alors à l’illusion de « "Rêve américain" », notamment après la Grande Dépression. Partout où il passe, il fait les poubelles de l’Histoire, révélant sa face cachée et les faits occultés par le pouvoir. En France, des auteurs comme Jean-Patrick Manchette et Didier Daeninckx définissent alors le genre comme « "une littérature d’intervention sociale" ».

Touchez pas au grisbi

Film-culte, tiré du roman-culte d’Albert Simonin, qui incarnait, avec Auguste Le Breton, l’« école française » du roman noir des années 1950. Simonin, que Léo Mallet surnommait « "le Chateaubriand de la pègre" », c’est le monographe d’un milieu en constante décadence. C’est surtout le chantre d’un argot parisien, également popularisé par Alphonse Boudard ou Michel Audiard, et que Victor Hugo définissait ainsi : « "Le Verbe devenu forçat" ». Ce vocabulaire des classes dangereuses, qui permettait aussi de ne pas être compris de la police, donne toute sa verve et son esprit jubilatoire à ces dialogues.

Renegade Boxing Club

Le roman noir, c’est aussi l’irruption d’idiomes en décalage avec les langues officielles des institutions. Maitriser plusieurs langues c’est se rendre incompréhensible aux oreilles de ses ennemis ou servir de courroie de transmission entre deux camps. Dans le cas de Dessaignes, français exilé dans la Russie de Poutine, le personnage central de "Renagade Boxing Club", c’est un moyen de fuir une situation devenue dangereuse à Moscou en essayant de se fondre dans la culture de la Ville Noire du New Jersey, où il est indispensable de maitriser le langage des poings d’une salle de boxe. « "Si on envisageait la boxe comme un langage, Dessaignes en déchiffrait la grammaire." »

Sociologie des élites délinquantes

De la criminalité en col blanc à la corruption politique Dashiell Hammett avait été responsable de la section hollywoodienne du Parti Communiste ; Jean-Patrick Manchette, Jean-Bernard Pouy ou Jean-Claude Izzo, en France, ont conçu ouvertement leur littérature comme un engagement social. Leurs œuvres disent entre les lignes que la véritable délinquance est d’abord celle des décideurs, jusqu’au plus haut sommet de l’Etat. En écho à ces visions de la société, cet essai n’est en rien populiste ou opportuniste, il se demande simplement dans quelle mesure le système porte en lui le poison qui permet de produire ces élites délinquantes.

French Deconnection

Derrière les grands écrivains de romans noirs marqués par le réalisme social, on trouve souvent des hommes de terrain, voire des journalistes, et ce, depuis Eugène Sue ou Ernest Hemingway. Philippe Pujol a suivi durant des années, pour le quotidien La Marseillaise, les trafics de drogue dans sa ville. Soit une sorte de chronique quotidienne de la vie des « chouffes » - les guetteurs - ou des « nourrices », ponctuée par les règlements de compte, les saisies des stups, ou les suspensions de flics ripoux. Une formidable plongée dans la réalité de la misère et de la violence sociale, qui a valu à son auteur le Prix Albert Londres en 2014.

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Auteur: Pujol, Philippe (1975-....)
Edition: Robert Laffont
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