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Médiathèque départementale des Deux-Sèvres

Philippe Bordas

6 thèmes | 20 oeuvres
Philippe Bordas est l'auteur de "Forcenés" (Fayard, 2008) unanimement salué par la presse à sa sortie. Nous l'avons invité à faire son parcours à l'occasion de la sortie de "Chant Furieux" chez Gallimard. « "Rabelais et Cervantès semblent avoir pris le RER B jusqu’à Saint-Denis pour assister à la victoire de Zidane, au sacre du futur champion. Ils accompagnent le narrateur dans son reportage, ralliés par Nerval et Chrétien de Troyes, et par les copains des terrains vagues arpentés ensemble autrefois, le Kabyle, l’Asiate, le Malien et le Limousin, «farauds à lacets deux fois noués», les mots, les passes et les dribbles se confondant dans les souvenirs de Mémos."»

Affaires étrangères

La France a une grande culture de la traduction. Il n’existe que peu d’auteurs qui n’aient trouvé une maison d’édition pour faire connaitre leur oeuvre aux lecteurs de Saint Simon et Proust. Profitons en pour (re)découvrir deux auteurs qui méritent bien de figurer au panthéon littéraire français.

Giacomo Joyce

Un bijou posthume, seize pages d’épiphanies orgasmiques et pincées. Un roman-poème inspiré à Joyce par la rencontre d’une jeune femme juive qui fut son élève - sa « dark lady ». « "Jan Pieters Sweelinck. Le nom fantasque du vieux compositeur hollandais donne à toute beauté aura fantasque et lointaine. J'écoute ses variations pour clavicorde sur un air ancien: Jeunesse a une fin. Dans la brume indécise des notes anciennes une faible trace de lumière point: la parole de l'âme va se faire entendre. Jeunesse a une fin: cette fin la voici. Jamais elle n'aura lieu. Cela, tu le sais. Et après ? Écris-le, bon sang, écris-le ! de quoi d'autre es-tu capable ?" »

Lezama Lima

Le Proust cubain, asthmatique et obèse, inverti et prismatique, prince de la métaphore et des ères imaginaires. "Paradiso", c’est "Cent ans de solitude" corrigé à merveille et réécrit dans la langue des oiseaux par un dieu cubain enfermé dans sa chambre-bibliothèque. Ce livre énorme abolit les frontières entre le roman et la poésie, le traité esthétique et celui de théologie. Une écriture dense et amoureuse, difficile et limpide. Gadda l’Italien et Lima le Cubain sont les grands oubliés du panthéon littéraire français où Joyce et Musil ont pris les places les mieux établies.

La Connaissance de la douleur

Le chef-d’œuvre du plus grand écrivain italien du XXème siècle, l’équivalent milanais de Joyce, Proust et Lima. Gadda laisse Moravia à cent coudées, Pasolini et Calvino à grande distance. Un maître baroque brassant tous les dialectes, les langages hauts et bas. Un livre ascétique et plénier, un traité de désespoir composé avec la palette la plus suave. « Nul n’a connu la lenteur pâleur de négation. Nourrices à colliers de filigranes ou d’ambre, écarlates couveuses au milieu des bambins : yeux et boucles d’enfants au calme des jardins. Frères cantiquant dans des stalles où le dessin du Scamozzi, du Panigarola, s’est raréfié, avec la marqueterie : articulée dans le récit m’image, en poème advenue. Saints d’argent, évêques en mitre au pulvinar, à boire la riche nuée, l’ivre crasse de gloire. Pourtant les moments où nier s’accomplit, c’est bien le temps qui les conduit jusqu’en des âmes closes : ténébreux inspirateur d’une loi de ténèbres. »

Chants furieux

Paul Morand dit dans Venises qu’il n’a pas appris la grammaire, “(...) "l’oeil et l’oreille furent mes seuls maîtres"”. Quatre romans dans lesquels la langue monte aux oreilles.

Chant furieux

“ "Le signe de l’amitié ? Jamais de bonjour. C’est le principe. Surgir en hommage désobligeant. (...) Jamais le salut gentil, mais la prompte saillie. Tuer les bonjour dès le palier et les comment va qui installent le dialogue niais. Rat chinois et chat gras, Finioule et Mouss attaquaient les scènes au couteau. Ils avaient la frappe juste. Je ne suis qu’un débutant. Ils esquivaient le bonjour et les fines considérations. Le répertoire sous leur griffe se rétractait en luttes d’hypocrites avides et princesses à féconder. Molière et Racine sous leur lame crantée finissaient scénarios jivaro désuets, bluettes maigres et mortes peaux." ”  Chant furieux p.27

La Connaissance de la douleur

Le chef-d’œuvre du plus grand écrivain italien du XXème siècle, l’équivalent milanais de Joyce, Proust et Lima. Gadda laisse Moravia à cent coudées, Pasolini et Calvino à grande distance. Un maître baroque brassant tous les dialectes, les langages hauts et bas. Un livre ascétique et plénier, un traité de désespoir composé avec la palette la plus suave. « Nul n’a connu la lenteur pâleur de négation. Nourrices à colliers de filigranes ou d’ambre, écarlates couveuses au milieu des bambins : yeux et boucles d’enfants au calme des jardins. Frères cantiquant dans des stalles où le dessin du Scamozzi, du Panigarola, s’est raréfié, avec la marqueterie : articulée dans le récit m’image, en poème advenue. Saints d’argent, évêques en mitre au pulvinar, à boire la riche nuée, l’ivre crasse de gloire. Pourtant les moments où nier s’accomplit, c’est bien le temps qui les conduit jusqu’en des âmes closes : ténébreux inspirateur d’une loi de ténèbres. »

Féerie pour une autre fois

"Céline à son meilleur, scalpel surfin, tout en acupunctures luminescentes, poinçonnant la syntaxe pour l’aérer d’un oxygène plus pur. Il a tout révolutionné avec "Voyage". Il veut tout casser avec "Féerie". Il revient du Danemark, avec sur le front le poinçon du maudit. Comment « crever le plafond une deuxième fois  » ? Céline donne réponse avec "Féerie". Boxeur ressuscité, il remet au tapis tous les babilleurs du roman pétrifiant à la première reprise."

Connaissance de l’Est

"Écrits en Chine entre 1895 et 1899, les plus beaux poèmes en prose de la bibliothèque française - avec "Les Illuminations" de Rimbaud et les "Chants de Maldoror". Le meilleur de Francis Ponge vient de ce livre-ci, peu connu, qui fait pivot entre les deux siècles. Le français dans sa matérialité et sa plasticité originelles s’applique soudain aux choses d’Orient. Claudel décrit les objets, les bêtes, les rites, les végétaux. La synthèse impossible de Stéphane Mallarmé et d’Arthur Rimbaud."

Funky Punk

James Brown et les Ramones. Champions toutes catégories chacun à un bout du spectre musical : comme deux chercheurs d’or qui seraient tombés sur le même filon, mais qui creuseraient chacun à un bout de la mine. Depuis la montagne leur est tombé dessus et personne n’a retrouvé le plan d’accès.

Rocket to Russia

Les Beach Boys du punk. J’écoute ce disque depuis sa sortie. Découvert par hasard dans une maison de bord de mer, à Bénerville, en Normandie. Je les ai rencontrés, en 1990, pour l’unique parution de ma vie dans le magazine "Rock & Folk". Je possède une photo noir et blanc de Joey Ramones debout à côté de moi : je tiens un Leica, Joey un couteau de boucher. J’ai fait une image du groupe en train de manger de la soupe et y tremper du pain, "backstage", à Lyon, avant le concert, comme quatre paysans auvergnats. Si je la publie, je les détruis. Aucun punk ne s’est jamais réchauffé d’un consommé de poireaux.

Love Power Peace, Live at the Olympia

Tous les disques. Tous. Toutes les vidéos. Toutes ses apparitions. Même saoul. Même sur son lit de mort. Surtout celle-ci, son premier passage à la télévision italienne, en 1971. Le taux de compression, sur le morceau "Sex Machine", est à son maximum et les phases de danse, cul et torse, absolument inédites.

Les vitrificateurs

Comme Attila, ces quatre-là ont atomisé la concurrence. Chacun dans leur catégorie ils servent d’échelle de Richter. Le mètre (maître) auquel on mesure son talent ou celui des autres. Hors catégorie.

Rocket to Russia

Les Beach Boys du punk. J’écoute ce disque depuis sa sortie. Découvert par hasard dans une maison de bord de mer, à Bénerville, en Normandie. Je les ai rencontrés, en 1990, pour l’unique parution de ma vie dans le magazine "Rock & Folk". Je possède une photo noir et blanc de Joey Ramones debout à côté de moi : je tiens un Leica, Joey un couteau de boucher. J’ai fait une image du groupe en train de manger de la soupe et y tremper du pain, "backstage", à Lyon, avant le concert, comme quatre paysans auvergnats. Si je la publie, je les détruis. Aucun punk ne s’est jamais réchauffé d’un consommé de poireaux.

Raging Bull

Après avoir vu le film une dizaine de fois, incapable d’en saisir le secret, j’ai posé un trépied et un appareil photo face à la télévision, et fait près de 300 images. Chaque plan du film est une photo parfaite. C’est saisissant. Le chef opérateur, Michael Chapman, est l’œil de "Taxi Driver", sorti quatre ans plus tôt. De Niro est au-delà des limites. Et c’est le premier film d’une actrice extraordinaire de vingt ans, Cathy Moriarty – épouse, dans le film, de Jake LaMotta. Elle a eu tous les prix pour ce rôle et n’a fait aucun bon film ensuite. Disparue.

Fausto Coppi

"Le plus grand, le plus beau, le plus romanesque de tous les cyclistes. L’équivalent de Mohammed Ali pour la boxe. Rien à dire de plus. Un livre pour mettre en appétit sur la légende Coppi. Je me permets de renvoyer à mon propre livre, "Forcenés", dont il est le Commandeur occulte."

Féerie pour une autre fois

"Céline à son meilleur, scalpel surfin, tout en acupunctures luminescentes, poinçonnant la syntaxe pour l’aérer d’un oxygène plus pur. Il a tout révolutionné avec "Voyage". Il veut tout casser avec "Féerie". Il revient du Danemark, avec sur le front le poinçon du maudit. Comment « crever le plafond une deuxième fois  » ? Céline donne réponse avec "Féerie". Boxeur ressuscité, il remet au tapis tous les babilleurs du roman pétrifiant à la première reprise."

Table de loi

Autour de la langue, il est des noms qui mettent tout le monde d’accord. Même ceux que par ailleurs tout oppose. Saint Simon, Chateaubriand et Francis Ponge en sont.

Mémoires

Le plus grand écrivain français. Le maître furieux. Le grand trait d’union entre Céline et Proust, tous deux fanatiques des "Mémoires".

Pour un Malherbe

Un volume splendide à tenir en mains, large et puissant. Le manifeste de la langue française, entre baroque et classicisme. L’art poétique et politique d’un des plus grands poètes français. « "Il est également, actuellement, légitime de penser que la meilleure façon de servir la république est de donner force et tenue au langage." »

La vie de Rancé

Chateaubriand retrace la jeunesse mondaine et la vieillesse d'un religieux du XVIIIème siècle, bouleversé par la mort d'une femme aimée. Converti à 37 ans, retiré à La Trappe, Rancé (1626-1700) fournit le motif du livre ultime de l’auteur. Un livre liquoreux, évaporé, né de résidus et de marcs Grand Siècle. Julien Gracq : « "Ses messages en morse, saccadés, déphasés, qui coupent la narration tout à trac comme s’ils étaient captés d’une autre planète, bégayent déjà des nouvelles de la contrée où va s’éveiller Rimbaud." »

Vu

On apprend les images comme on apprend les mots. La composition, le cadrage, le moment où il faut déclencher, où il faut couper un plan. Comment ne pas en faire trop aussi. Avec cette grammaire rudimentaire et une palette parfois réduite à son minimum, certains font oeuvre d’une grande luminosité.

Chant furieux

“ "Le signe de l’amitié ? Jamais de bonjour. C’est le principe. Surgir en hommage désobligeant. (...) Jamais le salut gentil, mais la prompte saillie. Tuer les bonjour dès le palier et les comment va qui installent le dialogue niais. Rat chinois et chat gras, Finioule et Mouss attaquaient les scènes au couteau. Ils avaient la frappe juste. Je ne suis qu’un débutant. Ils esquivaient le bonjour et les fines considérations. Le répertoire sous leur griffe se rétractait en luttes d’hypocrites avides et princesses à féconder. Molière et Racine sous leur lame crantée finissaient scénarios jivaro désuets, bluettes maigres et mortes peaux." ”  Chant furieux p.27

Raging Bull

Après avoir vu le film une dizaine de fois, incapable d’en saisir le secret, j’ai posé un trépied et un appareil photo face à la télévision, et fait près de 300 images. Chaque plan du film est une photo parfaite. C’est saisissant. Le chef opérateur, Michael Chapman, est l’œil de "Taxi Driver", sorti quatre ans plus tôt. De Niro est au-delà des limites. Et c’est le premier film d’une actrice extraordinaire de vingt ans, Cathy Moriarty – épouse, dans le film, de Jake LaMotta. Elle a eu tous les prix pour ce rôle et n’a fait aucun bon film ensuite. Disparue.

Pale Rider

Quand le Justicier devient le Revenant. Un pasteur venge des chercheurs d’or exploités. Le titre « Pale Rider » vient des « Quatre Cavaliers de l'Apocalypse », dont le quatrième monte un cheval pâle. Eastwood magistral et spectral, séducteur malgré lui, vengeur parce que c’est écrit. Il revient du Royaume des Morts comme le prouvent les cicatrices de balles dans son dos. Le film par lequel Clint est devenu un mythe, après avoir été une figure.ir été une figure.

Les Gitans

Le grand angle Leica (21 mm), des cadrages parfaits, une matière grumeleuse plus proche d’un composite neige-sale & charbon que d’une pellicule Kodak noir & blanc. Les seules photos dont je ne me lasse jamais. Avec celles de Mario Giacomelli. Tous les personnages semblent sortis d’un poème de Mandelstam et des tableaux du Greco. Un livre d’images d’une densité littéraire très rare. L’édition originale de 1975 a eu le prix Nadar en 1978. Premier signe d’intemporalité.

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