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Médiathèque départementale des Deux-Sèvres

Olivia de Lamberterie

4 thèmes | 14 oeuvres
Journaliste et critique littéraire, Olivia de Lamberterie est éditorialiste au magazine Elle, chroniqueuse littéraire à Télématin sur France 2, au Masque et la plume sur France Inter. "Avec toutes mes sympathies" est son premier livre (retenu sur la première liste du prix Renaudot dans la catégorie Essais), et à l’occasion de sa sortie, Olivia de Lamberterie est notre invitée.

Bonjour tristesse

Bonjour Tristesse

Je crois que c’est la seule auteure dont il n’y a pas une seule phrase qui est bête. Elle écrit comme un vieux sage, même si tout le monde dit toujours « qu’elle conduit pieds nus ». Tout ce qu’elle dit sur le couple, l’amour, la célébrité, l’argent ou la littérature est pour moi le comble de la justesse. J’ai eu la chance de l’interviewer quatre fois, et l’une de ces interviews a été l’une des plus spirituelles de toute ma vie. Nous étions à la FNAC et on nous avait servi du thé, qu’elle avait remplacé par du whisky ; au début nous n’entendions que des borborygmes, mais la suite fut fantastique.

Les Demoiselles de Rochefort

J’ai dû le voir des dizaines de fois, ainsi que "Peau D’Ane". "Les Demoiselles de Rochefort", est le film de Demy que je préfère car il y met tout son talent au service d’une qualité que je trouve très importante dans toute forme d’art : la capacité à raconter avec légèreté des choses atroces. Nous ne retenons souvent de Demy que le coté acidulé mais si on gratte un peu, sous ce vernis, il raconte des histoires de gens qui se ratent, se croisent, des meurtres, des fuites. Demy arrive à enchanter le désenchanté et c’est un tour de force que j’admire chez lui. "Peau d’Ane" est plus un souvenir familial puisque nous avions l’habitude de le regarder chaque année à Noël et de chanter toutes les chansons. Cette tradition perdure puisqu’aujourd’hui, mes nièces connaissent les chansons par cœur ; nous continuons parfois ce qui fait fuir les hommes de la famille.

Ton Héritage

Je l’aime depuis ses débuts. "Ton Héritage" est une chanson que j’ai écoutée en boucle, souvent en écrivant. J’aime sa voix et, de manière plus générale, les gens qui ont une voix avec des textures. Cette chanson traite de la transmission à nos enfants, de loyauté bien sûr, mais aussi de ce que l’on a de déglingué en nous. Les paroles et la mélodie sont magnifiques, et, sans être une grande mélomane, je trouve que cette chanson est parfaite et peut me mettre dans des états mélancoliques très violents. Il existe une expression québécoise qui dit « on se roule dedans » et j’aime me rouler dans les mélodies de Benjamin Biolay. Après la mort de mon frère, nous avons copié, sur une clef USB, la musique qu’il écoutait, il en écoutait beaucoup et cette chanson en faisait partie.

  CD
La Superbe
Auteur: Biolay, Benjamin (1973-....)
Edition: Naïve

Avec toutes mes sympathies

Le 24 octobre 2015, Alex, le frère de l’auteure se suicide à Montréal à l’âge de 46 ans. Pour tenter d’atténuer la douleur de cette perte, Olivia de Lamberterie prend la plume comme un hommage. Plongé dans cette histoire familiale intime, le lecteur accompagne l’auteure dans ses interrogations, sa colère, ses souvenirs familiaux et cette nouvelle vie sans Alex qui pourtant demeure si présent.

Dessiner le bonheur

Sempé à New York

Il n’y a pas un dessin à jeter dans toute son œuvre. L’album que je préfère est peut-être "Sempé à New York". Il a un don très rare en littérature qui est de dessiner le bonheur, le petit monsieur qui sort de chez lui et qui shoote dans le paquet de feuilles mortes, la petite fille qui plonge dans l’eau et l’ivresse de nager (j’adore nager, c’est une des passions de ma vie). Je me reconnais dans ces personnages, quel que soit leur âge. Sempé fait surtout mentir Tolstoï qui dit que la littérature ne sait raconter que les malheurs, que seuls les malheurs sont intéressants. Le bonheur peut donc être intéressant. Quand je suis triste, j’ouvre n’importe quel album de Sempé et cela me rend joyeuse.

L’Atelier Rouge

"Ce tableau exposé au Moma de New York est l’un des rares tableaux de Matisse qui ne joue pas sur le bleu mais sur le rouge. Je ne suis pas une spécialiste d’art contemporain ou d’art tout court car ce sont les mots qui s’impriment sur ma rétine. Mais j’ai envie d’aller habiter dans les tableaux de Matisse et plus particulièrement celui-là qui est le plus beau rouge du monde. Matisse est aussi le peintre des oiseaux et, étant persuadé que mon frère en est devenu un, ceux de Matisse me transportent encore plus. J’adore visiter le Moma en famille : ce sont des tableaux que l’on connaît et il s’y dégage une familiarité et une proximité qui rend l’art très doux."

Autoportrait de Paris avec chat

C’est un roman graphique alors que Dany Laferrière ne sait absolument pas dessiner et, avec cette verve qui le caractérise, il raconte le Paris d’avant, celui d’Hemingway mais aussi le Paris d’aujourd’hui. J’aime les gens qui ont plein de vies et de villes et Laferrière est de ceux- là puisqu’il est né en Haïti, est passé par Montréal, puis Paris. De Dany Laferrière, se dégage une bienveillance qu’il sait mettre en avant et je me dis à ce sujet que si nous mettions en avant la bienveillance autant que le cynisme et l’ironie - qui sont particulièrement loués de nos jours -, la vie serait très différente. J’aime beaucoup l’ironie qui est une manière de traverser la vie un peu perchée mais, en revanche, je déteste le cynisme et pour essayer de jouer avec les mots « quand on est revenu de tout il n’y a nulle part où aller ». Dany Laferrière est l’une des personnes les plus exubérantes et généreuses que j’ai rencontrées, en le lisant, j’ai appris l’exercice de la liberté.

En images aussi

À bord du Darjeeling Limited

Ces trois frères (Owen Wilson, Adrien Brody et Jason Schwartzman), sont irrésistibles et on a envie d’être leur sœur. Le personnage de la mère, joué par Anjelica Huston (dont les mémoires "Suivez mon regard" sont géniales), est extraordinaire. Il y a une fantaisie, une poésie dans ce film au scénario très bien écrit. J’en reviens donc toujours aux mots. Si un scénario ne me touche pas, je ne peux pas marcher. D’une manière générale, je n’aime pas le côté « il a gardé son âme d’enfant » car je pense qu’il faut avoir une âme d’adulte. En revanche, j’aime beaucoup quand il y a des brouillages entre le domaine des enfants et celui des adultes et j’aime montrer des œuvres d’adultes aux enfants. J’adore Wes Anderson.

Orange and yellow

J’aime les tableaux bicolores de Mark Rothko et je me souviens de mon émoi lors de la grande rétrospective au Musée d’Art Moderne de Paris. La splendeur, la grandeur et, à la fois, la simplicité de ses tableaux me bouleversent. D’autre part, je ne pourrais pas aimer les œuvres d’un artiste dont la vie ne m’intéresse pas. Celle de Rothko, l’exil, son suicide dans des conditions particulièrement violentes et tristes… J’aime les destins heureux dans la vraie vie, et fracassés et tourmentés dans les arts.

Andy Warhol et Jean Michel Basquiat

Jacques Pélissier ( site internet ) fait des portraits en pâte à modeler des artistes qu’il aime: Warhol, Basquiat, Saint Laurent… Un jour qu’il gardait sa fille malade, il s’est mis à utiliser la pâte à modeler pour réaliser des portraits, à plat, qu’il photographie ensuite et sur lesquels, il peint. Ces créations sont exceptionnelles et me touchent car Pélissier arrive, avec de la pâte à modeler, à restituer une profondeur dans le regard de ces artistes. Ce n’est pas le spectateur qui regarde l’œuvre mais le personnage qui vous regarde et malgré l’économie de moyen, se dégage une beauté folle. Il a exposé à Paris et commence à exposer aux USA.

J'en reviens toujours aux mots

À la recherche du temps perdu

"Je l’ai lu comme un polar la première fois en me disant : « Qu’est ce qui va arriver ? Est-ce que Swann va aller avec Odette ? Va-t’il mourir très vite ? » En le relisant plus tard, je l’ai trouvé très drôle et la drôlerie est très importante dans ma vie. Je me souviendrai toujours d’un passage, je me suis dit que je ne lirai jamais quelque chose de plus beau. La duchesse de Guermantes part au grand bal quand Swann vient lui annoncer qu’il ne pourra pas partir en vacances avec elle. Elle est très contrariée mais il lui annonce qu’il est très malade. Elle l’est encore plus mais réalise qu’elle va être en retard au bal donc elle lui dit que tout cela n’est qu’exagération. Swann répond qu’il pourrait mourir et elle se retrouve prise entre ses devoirs sociaux et son amitié, quand son mari arrive et lui dit qu’elle a une robe rouge et des chaussures noires, qu’il faut qu’elle remonte se changer. Cette scène est un génial condensé de la vie et je me revois le lire en me mettant à pleurer devant une telle beauté littéraire : cela m’enchante, comme de passer des vacances avec des amis."

Un tacle de Patrick Vieira n’est pas une truite en chocolat

Je me grise avec Vincent Delerm et j’écoutais "Un tacle de Patrick Vieira n’est pas une truite en chocolat", quand j’étais vraiment bonne à jeter. Elle était dans mon téléphone et quand j’arrivais au journal après l’avoir écouté une vingtaine de fois, j’avais retrouvé le sourire. Il devrait écrire des livres car il a le don de justesse pour raconter la vie et son époque avec des phrases comme « les gens qui lisent Michel Houellebecq ne font pas de sapins de Noël ». Du coup, je pense que c’est vrai. Une autre chanson que j’adore, qui est d’Anne Sylvestre : "Les gens qui doutent". Je ne l’avais pas écoutée depuis mon enfance, Vincent Delerm la reprend sur scène et son interprétation est formidable.

Fendre l’armure

"Fendre l’Armure "est son dernier recueil de nouvelles. Anna Gavalda est une immense portraitiste, comme James Salter que j’adore. Elle a ce don de savoir raconter comment quelqu’un attrape un verre ou comment quelqu’un cache une bouteille de whisky derrière un paquet de céréales quand il fait ses courses pour que ses enfants ne voient pas qu’il boit. Et elle a cette capacité à changer de langues suivant les personnages. Elle est le reflet en France de quelque chose que je déteste : regarder le succès d’un peu de haut, avec condescendance. Alors que les Américains l’abordent de manière décomplexée qui rend leur rapport avec le succès très sain. Anna Gavalda est comme Emma Thompson ou Meryl Streep : elle va à l’essentiel simplement.

Le Tour du malheur

Ce livre est dans ma bibliothèque et dans celle de mon frère, à Montréal. Notre grand père maternel l’adorait et, comme un rite de passage, lorsque nous étions jeunes, il nous le donnait ou nous le prêtait. C’est une œuvre dense en quatre tomes et environ 2000 pages. C’est une grande saga du 20e siècle à travers le destin d’un avocat, Richard Dalleau. En le parcourant après la mort de mon frère, j’étais fascinée par ce destin fracassé et par les références nombreuses à la drogue, au sexe, et j’ai réalisé que je n’aurais pas l’idée de l’offrir à mon fils de 13 ans ce qui rend le geste de mon grand-père et la permissivité de mes parents très avant-gardistes. Ce livre se passe beaucoup au Luxembourg et je me souviens avoir été sur les traces du héros dont j’étais amoureuse. Et je me souviens aussi de mon frère le lisant trois ans après moi et de notre passion commune. Rétrospectivement, je pense que mes parents se disaient que, par le prisme de la littérature, tout était possible. Je l’ai d’ailleurs offert à la fille de mon frère l’année dernière.

  Livre Fiction
Le Tour du malheur
Auteur: Kessel, Joseph (1898-1979)
Edition: Gallimard
Collection: Folio
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