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Médiathèque départementale des Deux-Sèvres

Bernard Minier

4 thèmes | 13 oeuvres
En moins de dix ans et six romans, Bernard Minier s’est imposé comme l’un des auteurs incontournables du thriller en France, mais aussi à l’étranger où il est traduit dans une vingtaine de pays. Son premier roman, « Glacé », a été adapté en série avec Charles Berling dans le rôle de Martin Servaz, le personnage central des histoires de Bernard Minier et que l’on retrouve dans « Sœurs », son dernier roman. Il est notre invité.

Effroi

Les puissances des ténèbres

Anthony Burgess est, à mon avis, l’un des deux ou trois plus grands auteurs anglais du 20e siècle, malheureusement un peu tombé aux oubliettes. Il était fort peu politiquement correct ce qui lui a valu de voir son roman « Orange mécanique » interdit longtemps en Grande-Bretagne. Ce roman prémonitoire du monde tel qu’il allait devenir lui avait été inspiré par le drame vécu par sa première épouse, violée par des voyous londoniens et qui ne s’en est jamais remise. Mais de la production très dense d’Anthony Burgess (« La symphonie Napoléon », « Le royaume des mécréants », « Rome sous la Pluie »), je retiens surtout « Les puissances des ténèbres » qui est un peu passé inaperçu, et qui renferme une dimension tolstoïenne qui me fascine. En 1000 pages, il y a tout le 20e siècle : de la Première Guerre mondiale qu’un auteur de théâtre, homosexuel londonien, va chercher à ne pas faire, à une secte du type Guyana, dirigée par une figure centrale, prémonition de Jean-Paul II, plébéien, populaire au verbe très vert. C’est d’une drôlerie et d’une ambition absolues, je le relis souvent.

Les morts de la Saint-Jean

Je  n’étais pas un grand lecteur de polar jusque dans les années 90. J’avais lu Edgar Alan Poe, Lovecraft, Conan Doyle, Raymond Chandler et tout d’un coup, je découvre Henning Mankell. Je tombe au hasard d’une déambulation dans une librairie sur la 4e de couverture des « Morts de la Saint-Jean ». Même si les crimes épouvantables font partie de l’œuvre de Mankell, je m’attends à du suspense, des effets de manche et… pas du tout. Nous suivons l’inspecteur Wallander dans cette région du sud de la Suède, la Scanie, où tout y est lent. L’inspecteur est un personnage à taille humaine avec ses problèmes de diabète, ses doutes, son vieillissement. Et pourtant, ce qui me fascine dans l’œuvre de Mankell, cette économie de moyens et d’effets, la profondeur des histoires, font que j’ai lu tous ses romans les uns après les autres. J’ai découvert qu’il était le gendre de Ingmar Bergman, donc j’étais en terrain familier. Grâce à lui, j’ai aussi découvert le polar nordique, notamment Maj Sjöwall et Per Wahlöö, les ancêtres du polar suédois et leur personnage, Martin Beck.

Sœurs

« Sœurs » est le sixième roman de Bernard Minier, l’occasion de retrouver Martin Servaz, le flic hypocondriaque dont on fit la connaissance dans « Glacé » en 2011. Cette nouvelle enquête force Servaz à revenir sur son passé et replonger dans une enquête vieille de vingt-cinq ans. « Sœurs » nous fait également entrer dans les méandres des relations complexes entre un auteur à succès et ses lecteurs. Sombre et vénéneux.

  Livre Fiction
Soeurs
Auteur: Minier, Bernard (1960-....)
Edition: XO éditions
Collection: Commandant Martin Servaz

Formation

Robinson Crusoé

« Robinson Crusoé » est, pour moi, l’histoire d’une initiation. Ce devait être en CE2 ou CM1, à la fin de l’année scolaire, au moment où les maîtresses s’autorisent quelques libertés avec le programme. Il faisait chaud, nous nous sentions légers et cette maîtresse remplaçante a commencé sa lecture d’une voix merveilleuse (quand j’y repense, cela me fait penser à la maîtresse de « Seul le silence » de R.J. Ellory). Tout à coup, il se passe quelque chose dans la classe : tout le monde est attentif ! Cette magie du mot écrit, puis lu, m’a fasciné car je n’avais jamais vécu cela, vivant dans un foyer où la télévision était reine. Ce moment m’est apparu comme une Epiphanie : je devais raconter des histoires.

Les arènes de Béziers

Je suis né à Béziers mais n’y ai jamais vécu. Enfant, nous y retournions en famille tous les étés pour assister aux récitals des plus grandes vedettes de la chanson française qui s’y produisaient. Charles Aznavour, Michel Polnareff, Joe Dassin, Claude François, Michel Sardou et bien d’autres, toutes y sont passées. C’était au mois d’août, il faisait chaud, et nous avions l’impression d’être dans un péplum tellement tout était monumental : ces grands murs, les galeries avec cette foule qui circulait et cette scène en plein milieu. J’avais une dizaine d’années et j’étais très impressionné, voire effrayé, par cette ambiance, mais quand les projecteurs s’allumaient, que la musique montait et que la vedette apparaissait, j’étais émerveillé.

Les dents de la mer

J’avais déjà vu « Duel » qui m’avait fasciné, quand est sorti « Les dents de la mer ». La rumeur venue des Etats-Unis était telle que le public s’est précipité dans les salles. En voyant l’affiche, nous pensions voir un film fantastique avec un soupçon d’érotisme ! Ce film est surtout une critique de la société américaine, de ces petites villes de la côte Est dont l’économie tourne exclusivement autour du tourisme estival. Le tour de force de Spielberg est que le requin est rarement à l’écran mais que l’on pense à lui tout le temps, dès cette fantastique scène d’introduction, la nuit, la jeune fille, la musique, les remous… En voyant cette scène, je me suis dit que c’était exactement ce qu’il fallait faire : suggérer au lieu de montrer. Tout repose sur la tension que crée l’absence. Ce film est l’antidote des films américains actuels : peu d’effets spéciaux, rien n’est montré. Et l’on sort épuisé, les jambes flageolantes avec l’envie d’en parler pendant des heures.

Grand écran

Le silence

Chez Bergman, je préfère les films qui précèdent « Cris et chuchotements », tout particulièrement « Le silence », pour l’ambiance crépusculaire qui s’en dégage et l’histoire de ces deux sœurs qui se détestent et qui s’arrêtent dans ce grand hôtel parce que l’une d’elles est malade. Il y a l’intellectuelle desséchée, aride dans sa tête et dans son corps, qui méprise totalement l’autre qui est solaire, charnelle, et qui passe d’un homme à l’autre. Il y a également cet enfant qui erre dans l’hôtel, qui croise une troupe de clowns, qui parle avec le vieux majordome dans sa petite pièce qui a tout le temps l’oreille rivée à son poste de radio. Ce film est pour moi la démonstration parfaite de ces êtres qui n’arrivent pas à se parler. La solitude et l’incommunicabilité sont deux thèmes chers à Bergman qui est, sans doute, celui qui a porté le mieux ces sentiments à l’écran.

L’Evangile selon Saint Matthieu

« L’Evangile selon Saint Matthieu » c’est à la fois du cinéma, de la littérature et de la poésie. J’ai découvert Pasolini grâce au texte de « Théorème », sorte de parabole christique, mais je n’ai vu le film, avec Terence Stamp, que plus tard. Ce texte est d’une précision, d’une méticulosité, d’une poésie incroyable et, comme d’habitude avec Pasolini, c’est une analyse critique sous le triple angle marxiste, structuraliste et psychanalytique. C’est ensuite que je me suis tourné vers son cinéma, sa poésie, et cet « Evangile"…"»" " est sans doute le plus grand film biblique que j’ai vu. Dès les premières images de Joseph découvrant Marie enceinte, sans aucun dialogue, dans les regards et les champs-contrechamps, on est happé par la manière qu’a Pasolini de filmer comme un peintre du Quattrocento. Le cinéma de Pasolini est d’une audace incroyable et, entre 18 et 20 ans, c’est l’artiste qui m’a le plus marqué : essayiste, cinéaste, poète, peintre, romancier, par tous ces aspects il est, pour moi, l’incarnation de l’artiste total.

Orange mécanique

Il est toujours difficile de faire un choix dans une filmographie aussi riche. Je suis un grand fan de « Lolita » et de « 2001 : l’odyssée de l’espace »"," mais « Orange mécanique » tient une place particulière, parce que c’est une adaptation du livre d’Anthony Burgess que je tiens pour l’un des plus grands écrivains anglais du 20e siècle. Kubrick est resté fidèle au texte original ce qui est assez rare chez lui. La novlangue, la musique, le regard critique sur la dérive de la société, tout y est. Nous sommes au début des années 70 et la violence crue fait son apparition au cinéma, notamment avec Sam Peckinpah (« La horde sauvage », « Les chiens de paille ») et bien sûr « Orange mécanique ». Avec l’utilisation des standards de la musique classique ou populaire (« Chantons sous la pluie », « Ainsi parlait Zarathoustra », la « Symphonie n°9 » de Beethoven), Kubrick m’a également fait comprendre à quel point la musique faisait partie intégrante de l’histoire.

Tout terrain

The Lamb Lies Down on Broadway

J’ai eu ma période rock progressif et c’est Genesis qui m’a le plus marqué, notamment grâce à Peter Gabriel : ses maquillages, ses déguisements, ses masques, son sens de la théâtralité. Tout cet univers était fascinant et ce double album concept est le meilleur de toute cette époque qui en a vu pourtant un certain nombre. L’écriture y est magnifique, même si je ne comprends pas toujours ce qu’ils ont voulu dire. Cette période de tâtonnements, de recherches, était incroyable. Tout, dans cet album, marque une rupture importante dans la carrière du groupe. La pochette n’est plus en couleur, on quitte les musiques d’inspiration médiévale… Le Genesis de cette époque est l’incarnation de l’Angleterre : un mélange de tradition et de modernité.

Paul Delvaux : Maître du rêve

J’ai toujours peint et dessiné, découvert Paul Delvaux à 20 ans et ne m’en suis jamais lassé. Il représente souvent des femmes nues, diaphanes, qui circulent dans des lieux incroyables, aussi bien des ruines antiques que des voies ferrées ou des rues caractéristiques de l’architecture flamande avec ses maisons de briques rouges. Les scènes sont souvent peintes au clair de lune avec des rangées de lampadaires allumés, les grandes ombres des arbres qui s’étirent sur la chaussée. On entre dans les tableaux de Delvaux grâce aux perspectives faites de lignes de fuite qui sont comme une invitation personnelle. Je voyage dans sa peinture et c’est sans doute en lien avec l’importance des lieux, des atmosphères, des décors dans mes romans.

Black Hole

La bande dessinée est un art très divers qui s’est émancipé de ces origines pour devenir adulte. J’adore Charles Burns et sa saga « Black Hole » faite de grands aplats noirs et blancs. Cette saga raconte comment, aux Etats-Unis, les adolescents de la région de Seattle, touchés par une mystérieuse épidémie, vont survivre. Ils sont affublés d’excroissances diverses, d’appendices qui poussent n’importe où sur leur corps et doivent s’isoler dans les bois autour de Seattle car cette maladie est contagieuse, notamment sexuellement transmissible. A travers la métaphore de la maladie, cette œuvre dépeint les tourments de la jeunesse américaine : violence, problèmes de sociabilité, isolement… Le graphisme est extraordinaire avec une économie de moyens qui aboutit à une atmosphère unique. C’est novateur, moderne, et avec assez peu de texte, Burns réussit à mettre en page un récit très construit et adulte.

Tracks

En près de 50 ans de carrière et environ 600 chansons, Springsteen est le chantre de l’Amérique des cinquante dernières années. L’une de ses caractéristiques est sa capacité à raconter l’Amérique profonde, celle des ouvriers, des petites gens, des laissés-pour-compte. Le souffle de son écriture, principalement dans ses premières décennies, est de mon point de vue digne des plus grands romanciers. Il suffit d’écouter « Independence Day », «Badlands », « Darkness on the Edge of Town », « The River », « Johnny 99 », « 41 Shots » pour avoir une idée de la société américaine de l’époque. L’autre dimension de Springsteen est le live. Cette expérience est incontournable : j’ai attrapé le virus avec mes parents quand, enfant, ils m’emmenaient aux arènes de Béziers et avec le Boss, je suis royalement servi : accompagné du fidèle E Street Band, c’est entre 3 et 4 heures de concert au cours duquel il donne absolument tout : Tchernobyl tous les soirs !

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