Connexion

logomamediateque2

Médiathèque départementale des Deux-Sèvres

La première chose qu’on regarde

7 thèmes | 18 oeuvres
A l’occasion du Salon du livre, nous avons demandé à l’écrivain Grégoire Delacourt, l’auteur de "La liste de mes envies", de concevoir un parcours autour de son nouveau roman. En exclusivité pour Vive La Culture, il nous livre 15 clés aussi insolites qu’inattendues pour son nouveau roman "La première chose qu’on regarde", sorti le 20 mars chez Lattès.

7 contre 26

Je suis admiratif des compositeurs de musique qui, avec seulement 7 notes procurent autant d’émotions, d’envie de vivre, de danser ou de mourir. Avec 26 lettres on fait certes de jolies choses, mais on ne pourra jamais écrire le "Prélude de Lohengin" avec des mots.

Les choses de la vie

Je ne peux pas écrire un livre sans penser à Claude Sautet. Aux femmes de Claude Sautet. A Romy Schneider de Claude Sautet, en fait. Rien n’est daté dans ses films parce que l’âme humaine, le désir, des désillusions, le charme, la trahison, les promesses de l’amour n’ont pas d’âge. Ses films sont des thrillers. Ce ne sont pas les voitures ou les maisons qui explosent. Mais les couples, les cœurs. Toutes "les choses de la vie".

Le Meilleur de Michel Legrand

"Le très grand, même. Ce sont ses musiques, notamment pour le cinéma (Demy, Godard, Jewinson, Mulligan) qui me font regretter qu’il n’y ait pas dans la vie des musiques comme au cinéma. Je ne peux plus aller dans une gare où se séparent des gens sans entendre la chanson des "Parapluies de Cherbourg". On entend le thème fabuleux d’"Un été 42" dans "La première chose qu’on regarde"."

D’eux

A l’enterrement d’une jeune fille (qui travaillait avec moi), est passée la chanson "Vole", composée par Jean-Jacques Goldmann. J’ai eu froid soudain. C’est une chanson de bord de précipice, d’ailes qui se déploient; une chanson assez courte et j’ai eu envie qu’elle puisse sauver quelqu’un, le retenir au lieu de le laisser partir et c’est ce qui arrive dans "La première chose qu’on regarde".

  CD
D'eux
Auteur: Dion, Céline (1968-....)
Edition: Sony music

Love Story

La musique de Francis Lai. La beauté d’Ali MacGraw. L’indolence de Ryan O’Neal. Le scénario à deux balles (le "preppy" tombe amoureux de l’étudiante qui s’occupe de la bibliothèque du campus, un cancer foudroyant tombe sur l’amoureuse). C’est le film qui m’a appris qu’on avait le droit de pleurer au cinéma (et dans la vie) et fait aimer les histoires d’amour tristes; toutes ces choses qui finissent mal parce qu’elle sont belles et que la beauté ne dure jamais. Comme disait Cocteau à propos de Radiguet : « il était si beau que j’ai tout de suite su qu’il ne nous était que prêté » (ndlr : Radiguet mourra à 20 ans).

Ah, Scarlett ...

On l’a vue en lettre écarlate sur le front d’Hester Prynne. On l’a vue tomber dans les bras de Reth Butler. Mais elle n’a jamais été aussi belle que lorsqu’on la quitte. L’ultime beauté est dans la perte.

Lost in Translation

Après l’admirable "Virgin Suicides" (1999), Sofia Coppola confirme avec "Lost in translation" (2003) qu’elle n’est pas juste la fille de. Elle est. Une scénariste. Une réalisatrice. Elle possède même la grâce d’avoir sa « touch ». Là aussi, dans le film, une rencontre improbable entre un homme à la fin et une jeune femme au début. Toujours cette histoire de perte. Cette envie qu’on a d’être trouvé. Retrouvé. C’est ma première rencontre avec Scarlett Johansson (jeune) adulte. Avant il y avait eu "L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux". Mais elle avait 13 ans. Elle le raconte dans "La première chose qu’on regarde".

Vicky Cristina Barcelona

Woody Allen, c’est comme le Beaujolais nouveau. Il y en a un chaque année; des années bonnes, d’autres non. "Vicky Cristina Barcelona" (2008) est un cru sublime. Johansson, Cruz et Bardem sont à tomber de beauté. L’histoire est belle et grave. Une collusion funeste entre la vie et l’art. Toujours cet entre deux qui me fascine. C’est cette Scarlett Johansson là qui est l’héroïne de "La première chose qu’on regarde"; ce visage-là, ce corps-là. Cette beauté là.

La toison de Maria Schneider

Le porno a épilé les sentiments, les rires et les pubis. On baise désormais avec des mots clés, dans le petit, dans le gros plan, le cri malheureux. J’ai voulu me souvenir des corps, des odeurs, de tout ce qui définit le vrai. Le danger.

La première chose qu’on regarde

C’est à cause de Love Story tout ça. De la beauté d’Ali MacGraw. Je suis tombé amoureux d’elle. J’avais dix ans. Et je me suis demandé ce que je ferais, ce qui se passerait si elle entrait, comme ça, dans ma chambre. Comme dans la vraie vie de Steve McQueen. Quelle serait la première chose que je regarderais. Quarante ans plus tard, j’ai écrit ma Love Story. Mais c’est Scarlett Johansson qui entre dans la chambre. L’habit fait-il le moine ?

Le dernier tango à Paris

C’est l’une des histoires d’amour les plus désespérantes qu’il m’ait été donné de voir justement parce qu’il n’y a pas d’amour. Juste un désir ou un non désir de corps. De viande. De beurre. C’est une chute magnifique. Un chant désespéré. Bertolucci est un cinéaste important, dérangeant et libre. Dans "Le dernier tango à Paris", Maria Schneider exhibe une formidable toison pubienne. Je l’évoque avec gourmandise dans "La première chose qu’on regarde" à l’heure où la dictature du porno impose l’épilation totale.

Lait grenadine

Dans « "Voyage au bout de l’enfer" » de Mikael Cimino, une goutte de vin rouge tombe sur la robe blanche, c’est le premier sang. La malédiction. Tout commence dans le blanc, dans le cohérent et finit dans le pourpre, l’explosé.

Catalogue Pronuptia

Bon d’accord, c’est la seule étape de mon parcours qui ne s’achète pas. Mais quelle histoire ! Combien de rêves, de larmes, de corps martyrisés pour ce jour-là ; combien de princesses d’un jour. Tout ce blanc, comme des robes de lait. C’est en voyant une jeune fille feuilleter un catalogue Pronuptia, une larme à l’œil, que j’ai eu l’idée des robes de mariées dans "La première chose qu’on regarde". Ça me rappelait aussi les défilés de mon Nord natal; les vieux assis sur des chaises devant leurs maisons, qui regardaient sous les jupes des majorettes... Site de Pronuptia

Lucas Marou

Un musicien qui trouve un jour un sac. A l’intérieur, les images de toute une vie. Il décide de leur redonner vie et fait son premier collage - à la manière élégante d’un Jacques Villeglé. Depuis, il récupère les choses perdues et lui font retrouver le monde. Je l’ai découvert par hasard : ma femme venait de trouver la photo pour la couverture du livre, une robe rouge, une aile vermillon, une flaque de sang lorsque j’ai vu cette toile dans la vitrine d’un hôtel. Tout ce rouge soudain, cette jambe, cette explosion garance. Je suis entré. J’ai acheté la toile. Elle contient toute l’histoire de mon livre. Site de l'artiste

La première chose qu’on regarde

C’est à cause de Love Story tout ça. De la beauté d’Ali MacGraw. Je suis tombé amoureux d’elle. J’avais dix ans. Et je me suis demandé ce que je ferais, ce qui se passerait si elle entrait, comme ça, dans ma chambre. Comme dans la vraie vie de Steve McQueen. Quelle serait la première chose que je regarderais. Quarante ans plus tard, j’ai écrit ma Love Story. Mais c’est Scarlett Johansson qui entre dans la chambre. L’habit fait-il le moine ?

Les fantômes sont parmi nous

Ils sont "ce" et "ceux" qui nous manquent. Ils sont la nostalgie, la mélancolie. Ils sont cette seconde qui s’est arrêtée. Ce truc qui s’échappe soi disant du corps encore chaud et qu’on n’attrapera jamais. (Pourquoi "Grey’s Anatomy" ? Pour Denny Duquette, bien sûr).

Les choses de la vie

Je ne peux pas écrire un livre sans penser à Claude Sautet. Aux femmes de Claude Sautet. A Romy Schneider de Claude Sautet, en fait. Rien n’est daté dans ses films parce que l’âme humaine, le désir, des désillusions, le charme, la trahison, les promesses de l’amour n’ont pas d’âge. Ses films sont des thrillers. Ce ne sont pas les voitures ou les maisons qui explosent. Mais les couples, les cœurs. Toutes "les choses de la vie".

Un été 42

L’un des chefs d’œuvre avec "Un été en Louisiane", de l’immense et discret Robert Mulligan (1925-2008). C’est le cinéaste de la perte. Du deuil. De l’innocence qui s’écrase contre le mur de la réalité. Le sang du garçon mort dans "Un été en Louisiane", c’est aussi le sang des premières règles de Dani. Dans "Un été 42", le jeune Hernie dévient un homme parce qu’un homme est mort. Ce qui me touche chez Mulligan, c’est l’effroyable constat que devenir adulte est une tragédie. Dans chacun de mes livres il y a cette douleur-là; quelque chose de l’enfance qui n’est jamais tout à fait soldé.

Grey’s Anatomy, saison 8

Une série très curieuse. Qui oscille entre le cucul et les livres de Barbara Cartland et soudain, au milieu, inattendue, une formidable histoire d’amour, pleine de rage, de passion, de mort, de culpabilité et de fantômes. Celle qui lie et délie Izzie (la parfaite Katherine Heigl) et Denny (lumineux Jeffrey Dean Morgan). Une histoire qui sauve la série. J’ai demandé à Katherine Heigl (et son 90-65-90) de passer dans mon livre.

Les mots s’envolent

Il n’y a pas que les paroles. Avec eux, Calvino fait grimper un enfant dans un arbre (il n’en redescendra jamais) et avec eux, Follain fait s’envoler la poussière des choses qu’on ne voyait plus (un soupir, une cruche d’eau, une cloche, au loin).

Exister

Poète 1903-1971 (écrasé par une auto). L’auteur qui m’a le mieux fait ressentir la beauté des mots. Il les utilisait avec prudence pour parler des choses les plus simples. Les objets. Une table de cuisine. Le souffle d’une femme. La pâleur d’une gorge. Jamais de mots plus hauts que les autres, non ; juste des assemblages, comme des perles, pour faire ressentir la grâce du monde, la lenteur et le temps. Ses mots livrent et délivrent les choses. Dans mon livre Follain a une place centrale.

Le Baron perché

Mort en 1985. A 62 ans. Trop jeune. Grâce à Dieu, il a eu le temps de nous laisser beaucoup de textes dont cette fable merveilleuse : "Le Baron perché", l’un des trois volets de sa trilogie "Nos ancêtres". Là encore, ce qui nous lie, c’est ce passage de l’enfance à l’adulte. Ici, à cause d’une dispute avec son père à propos d’un plat d’escargots, un gamin de 12 ans monte dans un arbre et n’en redescendra plus pendant 53 ans. L’histoire d’une sorte de Robinson italien qui raille notre médiocrité terrestre. Un régal qu’on retrouve dans "La première chose qu’on regarde".

Méfiez-vous des autos

Follain est mort écrasé par une voiture et dans « "Drive" », un conducteur de voiture, tue à coup de godasses. Ceci dit, tuer en conduisant, d’une certaine façon, c’est aussi utiliser ses godasses.

Drive

Un magnifique film noir, dans la tradition des films de Samuel Fuller (1912-1997), de certains livres de Lawrence Block et puis l’apparition, comme un ange noir, un Steve McQueen ultra sombre, d’un acteur prodigieux (déjà en lice pour l’Oscar du meilleur acteur en 2007 avec "Half Nelson"): Ryan Gosling. J’ai donné son physique au personnage principal de "La première chose qu’on regarde", un garagiste, et j’en ai fait un poète qui découvre Jean Follain; un ange lumineux cette fois.

  Dvd Fiction
Drive
Auteur: Winding Refn, Nicolas (1970-....)
Edition: Wild side video

Exister

Poète 1903-1971 (écrasé par une auto). L’auteur qui m’a le mieux fait ressentir la beauté des mots. Il les utilisait avec prudence pour parler des choses les plus simples. Les objets. Une table de cuisine. Le souffle d’une femme. La pâleur d’une gorge. Jamais de mots plus hauts que les autres, non ; juste des assemblages, comme des perles, pour faire ressentir la grâce du monde, la lenteur et le temps. Ses mots livrent et délivrent les choses. Dans mon livre Follain a une place centrale.

logo departement

Notre newsletter

MDDS - Médiathèque des Deux-Sèvres

298, Route de Coulonges

79000 Niort

Tél. : 05 49 26 28 20

 

28, rue des Epinettes

79100 Thouars

Tél : 05 49 66 09 60