Connexion

logomamediateque2

Médiathèque départementale des Deux-Sèvres

Alain Genestar

5 thèmes | 12 oeuvres
Journaliste, ancien directeur de la rédaction du « Journal du Dimanche », ancien directeur de la rédaction de « Paris Match », Alain Genestar a créé « Polka Magazine » en 2008, trimestriel consacré à la photographie. Le portfolio du numéro sorti en janvier est consacré à William Klein, dont on peut visiter l’exposition à la galerie… Polka à Paris. Alain Genestar est notre invité. Suivez le guide.

Autres horizons

L’homme qui voulut être roi

Plus qu’un film, j’ai choisi un cinéaste, John Huston, dont l’œuvre est fantastique, et parmi ses films, j’ai choisi « L’homme qui voulut être roi » qui, pour moi, est la quintessence du film à grand spectacle. Il réunit deux acteurs incroyables, Sean Connery et Michael Caine, un écrivain génial, Rudyard Kipling et un pays extraordinaire, l’Afghanistan. Ce film me touche car il représente toute la beauté du film d’aventures qui fait rêver. Et il y a une histoire, car comme disait Gabin : « Un film c’est une histoire, une histoire et une histoire ». « L’homme qui voulut être roi » est le symbole du grand cinéma, du cinéma que j’ai envie de voir avec mes petits-enfants.

La haie bleue

J’ai découvert cet artiste peintre lorsque j’étais jeune rédacteur en chef du « Courrier Républicain », à Chartres. Il a une vision incroyable de la Beauce, que pourtant je n’aime pas, et à laquelle je préfère le Pays d’Auge. Mais lorsque l’on se retrouve devant l’une de ses peintures, on ressent ce qu’il y a sous la terre. Michel Tournier, qui le connaissait très bien, résume ainsi sa peinture : « Il y a de l’orage dans cette terre où dorment des nappes d’énergie accumulée ».

Grandes figures

La maison de Victor Hugo

J’y vais souvent car je porte Victor Hugo au pinacle comme écrivain, journaliste-observateur, homme politique, homme courageux. L’une des caractéristiques de ce musée est qu’il était habité par Victor Hugo et quand le plancher craque, on se dit que ce bruit est le même que celui qu’entendait Hugo en marchant. La dimension de Victor Hugo est si impressionnante qu’au-delà de sa maison, il habite la place des Vosges, Paris, la France, voire le monde, car ce fut l’un des premiers écrivains à connaître une reconnaissance mondiale. Il représente également la définition de l’engagement total dans cette phrase que j’ai reprise dans le discours que j’ai eu l’honneur de faire pour l’introduction de Sebastião Salgado à l’Académie des beaux-arts : "« J’aurais été soldat si je n’étais poète »."

Une vie

Je suis allé une première fois à Auschwitz en janvier 2005, pour préparer le numéro spécial de « Paris Match » à l’occasion du 60e anniversaire de la libération du camp. C’est un lieu commun, mais on en sort différent. Cependant, l’expérience humaine la plus forte fut, au cours de ma seconde visite quelques semaines plus tard, en compagnie de Simone Veil qui avait demandé à être accompagnée de ses petits-enfants. Pour la première fois elle a pu écouter le silence, elle qui n’avait connu le camp qu’envahi par des bruits : cris des kapos, aboiements des chiens… L’un des moments les plus émouvants de notre visite fut la visite des latrines. Elle m’expliqua que c’était le seul lieu d’intimité où les détenus pouvaient parler entre eux. Ensuite, nous nous sommes retrouvés à proximité des voies de chemin de fer, en plein brouillard, et je suggère une photo avec le clocheton en fond. Elle refuse. Nous nous retrouvons au même endroit deux heures plus tard. Le ciel s’est levé. Elle se retourne vers moi et me dit qu’elle acceptait de faire la photo, celle qui fit la Une de ce numéro de « Paris Match ».

Jazz

Kind of Blue

Quand j’ai écrit « Le baraquement américain », j’ai souhaité y mettre du jazz. Il fallait que je trouve un personnage qui colle avec les dates et qui puisse devenir l’ami du héros. Pour les besoins du livre, j’ai lu tout ce qui se rapportait à Miles Davis car mon héros devait aller l’interviewer. Je suis tombé en admiration, voire amoureux, de Miles Davis. J’ai reconstitué ses mots, son langage. Il refuse d’enfermer le jazz dans des catégories. Il n’y a qu’un jazz, voire une seule musique.

Come By Me

"Au-delà de Harry Connick Jr., qui est à la fois pianiste, chanteur, acteur, un symbole du jazz moderne loin des clichés en noir et blanc dans une pièce enfumée, je souhaitais mettre en avant les pianistes de jazz. A mes yeux, ils sont, avec les trompettistes, les vrais créatifs. Ils sont nombreux dans mon Panthéon : Duke Ellington, Count Basie, Oscar Peterson, Herbie Hancock, Bill Evans, Art Tatum, Michel Petrucciani… Des classiques parfois moqués comme Erroll Garner, Nat King Cole, des plus jeunes comme Chucho Valdes ou Gonzalo Rubalcaba. Et bien sûr, Thelonious Monk, symbole de la liberté en musique et dans le jazz, qui va jusqu’à incorporer des fausses notes pour tordre la musique."

  CD
Come by me
Auteur: Connick, Harry (1967-....)
Edition: Sony Music

The Jazz Loft Project

Grand photographe de guerre pour « Life », W. Eugene Smith choisit, en 1957, de s’installer au 4e étage d’un loft à Manhattan. Il y restera huit ans à photographier la vie de sa fenêtre. Au-dessus de chez lui, il y avait un autre loft où les jazzmen du bas de Manhattan venaient faire le bœuf. W. Eugene Smith trouvait cela si extraordinaire qu’il a placé des micros pour enregistrer toutes ces sessions, sans jamais arrêter de photographier tous ces musiciens. « The Jazz Loft Project », c’est 40 000 photos et plus de 4000 heures d’enregistrement ! Cette somme extraordinaire donne un aperçu du New York de la fin des années 50, et grâce à elle, on a découvert une autre facette du talent de W. Eugene Smith.

L'Amérique

William Klein

Tous les photographes que j’aime ont un point commun : ils ont photographié l’Amérique, chacun à leur manière. William Klein et Joel Meyerowitz ont photographié les gens, Robert Frank en a sillonné les routes, Sebastião Salgado a capturé la tentative d’assassinat contre Ronald Reagan, Yves Marchand et Romain Meffre en ont photographié le passé en ruine. Nous consacrons une rétrospective et la couverture du dernier numéro de « Polka » à William Klein. Il est très compliqué de convaincre un photographe de monter une rétrospective de son travail car il pense aussitôt que tout va s’arrêter. Mais pour Klein, nous avons toujours des projets en cours. Il a photographié le mariage de Kate et William, installé dans un pousse-pousse dans les rues de Londres, et nous réfléchissons à un projet pour ses 90 ans. A mes yeux, William Klein est le photographe du chaos en noir et blanc. Et au chaos répond le K.-O. car Klein était très proche de Muhamed Ali qu’il a suivi et aimé profondément, comme on peut aimer une femme.

Winslow Homer : An American Vision

New York est LA ville par excellence et, au milieu de cette ville, existe l’un des plus beaux musées au monde : le Metropolitan. On s’y perd, on flâne, et au cours de ces flâneries, on peut avoir l’impression de rentrer dans des maisons, tellement les reconstitutions sont minutieuses. Au Metropolitan, j’aime particulièrement l’American Wing. Au milieu de cette aile, il y a des toiles de Winslow Homer qui représente, à mes yeux, le réalisme américain de la fin du 19e et qui a beaucoup influencé Edward Hopper. L’un de mes tableaux préférés est « Snap the Whip ».

Central Park

Il y a deux villes dans le monde : Paris qui est MA ville et New York qui est LA ville. New York est une concentration du monde, l’ambassadrice des autres villes. Elle évolue sans cesse. J’ai connu un New York délinquant, violent, notamment lorsque j’allais à l’Apollo Theater dans les années 80. C’est une ville forte, dangereuse, trop chaude ou trop froide, qui dégage une énergie et une poésie fantastique. Elle peut écraser aussi bien que régénérer par sa verticalité. Et au milieu de Manhattan, il y a Central Park, et dans Central Park, il y a ce banc qui est devenu mon bureau new-yorkais. J’y suis au milieu du tumulte, face aux façades de Central Park Ouest et pourtant au calme. New York m’a marqué en tant que patron de « Paris Match » car au moment des attentats du 11-Septembre, nous y avons vécu des émotions contradictoires : la tristesse d’avoir perdu des proches, la joie d’en savoir d’autres vivants, l’adrénaline des batailles pour les photos, la fierté d’avoir réussi un numéro hors du commun. L'histoire des bancs de Central Park

Littérature

La peste

J’ai longuement réfléchi à l’auteur qui m’a marqué le plus et me suis arrêté sur Camus. Dans « La peste » c’est le personnage de Joseph Grand qui retient mon attention. C’est un bureaucrate terne dont on pense qu’il va mourir et qui s’en sort. On découvre aussi qu’il écrit un livre mais reste bloqué sur la première phrase : « Par une belle matinée du mois de mai, une élégante amazone parcourait, sur une superbe jument alezane, les allées fleuries du Bois de Boulogne ». Ce syndrome de la première phrase me fait penser à deux écrivains majeurs : Flaubert au sujet duquel j’ai appris qu’il pouvait passer une journée sur une phrase et Elie Wiesel, que j’ai eu la chance de connaître, et qui m’expliqua sa façon d’écrire : un premier manuscrit de 1000 pages environ, et un second… qu’il met de côté jusqu’au manuscrit final. Il y a du Joseph Grand chez Flaubert et Elie Wiesel.

  Livre Fiction
La Peste
Auteur: Camus, Albert (1913-1960)
Edition: Gallimard
Collection: Folio

Chanson douce

Leila Slimani et Gael Faye ont tous les deux la particularité d’être jeunes, d’avoir une très belle écriture et un rapport à la mort très complémentaire. Il y a chez Slimani cette mort intime et chez Faye, dans « Petit pays », cette mort collective. Lire les deux livres à la suite se révèle magnifique. Ils sont d’ailleurs rangés l’un à côté de l‘autre dans ma bibliothèque.

  Livre Fiction
Chanson douce
Auteur: Slimani, Leïla (1981-....)
Edition: Gallimard
Collection: Blanche
logo departement

Notre newsletter

MDDS - Médiathèque des Deux-Sèvres

298, Route de Coulonges

79000 Niort

Tél. : 05 49 26 28 20

 

28, rue des Epinettes

79100 Thouars

Tél : 05 49 66 09 60