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Médiathèque départementale des Deux-Sèvres

Robert Guédiguian

4 thèmes | 13 oeuvres
"« Je n’aborde jamais un auteur en ne voyant qu’un seul de ses films ou en ne lisant qu’un seul de ses livres. Je sais bien qu’ils peuvent avoir des faiblesses, mais je les aime également quand ils sont en bas. Parce que même dans leurs œuvres les moins reconnues, les moins vendues ou les plus ratées, j’y trouve des choses qui m’intéressent »." Robert Guédiguian, dont le film "La Villa" sort le 29 novembre prochain, est notre invité.

Hier, aujourd’hui

Quels idéaux gardons-nous ?

La Villa

Deux frères et une sœur se retrouvent dans la maison de leur enfance pour aider leur père victime d’un AVC. Ils mènent des vies très différentes et ne se sont pas revus depuis très longtemps. De retour sur les lieux où ils ont grandi, entourés des témoins de cette époque lointaine, ils vont être amenés à mesurer ce qu’ils ont conservé de l’idéal de fraternité que leur père leur a transmis. Sortie le 29 novembre prochain.

La villa
CVS
La villa
Auteur: Guédiguian, Robert (1953-....)
Edition: Universal Pictures Video (prod.)

Dumala

J’ai beaucoup pensé à lui sur mon dernier film. C’est un écrivain issu d’une grande famille de l’aristocratie prussienne, mort dans les années vingt, et qui a écrit sur la fin de ce monde-là. On est dans le nord de l’Allemagne, aux frontières des pays Baltes. Les saisons sont très présentes comme si la vie des personnages était liée aux saisons qu’ils traversent. L’hiver, il fait très froid, de vieux aristocrates, dissertent au coin du feu en se disant que plus jamais les jeunes ne vivront comme eux... On pense au Tchekhov de "La Cerisaie, "une mort lente. Il y a cette excellence dans l’écriture, cette prose très juste. Il est l’auteur d’une vingtaine de romans, tous très courts. Il faut que le récit soit concis pour que l’image reste forte. Peu de mots, des dialogues ciselés comme des bijoux. Chaque phrase à une signification précise. Ces gens-là ne parlent pas pour ne rien dire. Mon film "La Villa" est très imprégné par cette ambiance.

Roses à crédit

C’est une auteure qu’on a un peu oubliée. Elle a écrit des tas de romans admirables. Là aussi, j’aime toute l’œuvre. "Roses à crédit" est un livre des années soixante, au moment où se développe le crédit à la consommation. Il raconte comment une jeune fille de cette époque, issue d’un milieu très pauvre, est fascinée par ce qui se passe chez les gens riches, fascinée au point d’en devenir un peu folle. C’est un livre étonnant sur la société de consommation, sur comment les pauvres sont pris dans le désir des riches. Les pauvres se font dévorer par le fait de vouloir absolument faire comme les riches. Manger la même chose, vivre pareil, s’habiller pareil, avoir les mêmes vacances, aller dans les mêmes endroits. La fin du livre est terrible puisque cette jeune fille se retrouve à son point de départ, voire un peu plus bas. C’est tragique. J’ai toujours pensé à en faire un film mais je ne l’ai pas fait. Peut-être, un jour. Il me reste encore un peu de temps !

Larmes, révoltes et révolutions

Il faut cesser de dire qu’on fait du cinéma politique, si on ne fait pas en sorte que les gens se déplacent. Ils ne viendront pas s’il n’y a pas d’émotion. Larmes ou rires.

La Maison du Bosphore

Pinar Selek est une militante turque, antimilitariste, féministe, condamnée à la prison a perpétuité à quatre reprises dans son pays, et qui, j’en suis particulièrement heureux, a obtenu la nationalité française, il y a quelques semaines. C’est quelqu’un qui a peu écrit. J’avais dédié mon film "Une histoire de fou", sur le génocide arménien, à mes camarades turcs, en l’honneur de nos combats communs. Pinar Selek, est pour moi l’incarnation de ces camarades turcs. "La Maison du Bosphore", c’est un récit voilé sur ce qu’ont été les militants des années 90, sur des jeunes qui rêvent que la Turquie devienne un pays démocratique. Il y en a qui partent dans la clandestinité, certains sont plus radicaux que d’autres, on suit  leur évolution au long d’une décennie. Cette maison du Bosphore, c’est un endroit où tout se passe bien, dont on rêve tous. Comme dans le film d’Arthur Penn "Alice’s Restaurant" auquel le livre me fait penser. C’est très beau. C’est aussi un hommage à tous les jeunes Turcs d’aujourd’hui qui ont beaucoup de mal à se battre et qu’il faut absolument accompagner.

Le Manifeste du Parti communiste

Je ne sais pas comment on peut vivre sans l’avoir lu. Ce programme a permis au monde ouvrier d’exister, de résister, et même d’améliorer ses conditions de vie. Marx est aussi un penseur, un immense intellectuel, quoi qu’on pense de ce qui s’est passé après la révolution russe et qui n’a rien à voir avec sa pensée. On est surpris quand on le relit de constater qu’il y a des lignes de force qui fonctionnent encore aujourd’hui. J’en ai fait l’expérience de manière un peu maligne. Au moment des manifestations contre la loi travail, j’ai fait pas mal d’interviews téléphoniques avec le texte sous les yeux, et je répondais en lisant une phrase entière de Marx. Les gens me disaient : « Très bien, je suis d’accord », et quand je leur demandais « Vous savez ce que je viens de vous lire ? C’est dans un texte de 1848. Vous devinez ? Non ? Et bien c’est dans Le Manifeste du parti communiste ! ». Ces idées sur l’accumulation, sur la mondialisation n’appartiennent qu’à Marx. Celle de la lutte des classes comme moteur de l’histoire reste solide. Même si, aujourd’hui, les classes ne peuvent plus se définir comme elles se définissaient avant, la lutte entre les riches et les pauvres continue d’être le moteur de l’histoire. Le film de Raoul Peck "Le Jeune Karl Marx" montre une pensée en construction. C’est une vraie prouesse.

Peuples en larmes, peuples en armes

Là encore, c’est un auteur dont je lis toute la production. J’ai trouvé passionnant "Peuples en larmes, peuples en armes," sorti en 2016. C’est un essai extrêmement puissant sur le rapport entre émotion et action, entre l’émotion et la raison. Ici, il se positionne à contre-courant de la pensée dominante depuis trente ans qui veut que l’émotion s’oppose à la réflexion. Il s’appuie sur de nombreux textes mais aussi sur le film d’Eisenstein "Le Cuirassé Potemkine", et sur une analyse que Roland Barthes avait faite du film, où il disait que la scène, où les femmes pleurent après que les marins ont été assassinés, relevait du "pathos", de l’invraisemblable.  Dans "Peuples en larmes, peuples en armes",  Georges Didi-Huberman dit au contraire que les larmes peuvent se transformer en cris, les cris en révoltes, les révoltes en révolutions. C’est un sujet qui me préoccupe d’autant plus que je crois que ça a à voir avec le cinéma populaire. Il faut cesser de dire qu’on fait du cinéma politique, si on ne fait pas en sorte que les gens se déplacent. Ils ne viendront pas s’il n’y a pas d’émotion. Larmes ou rires. Ça se dose, mais ça ne s’exclut certainement pas. Ce que j’aime beaucoup dans le travail de Georges Didi-Huberman en général, c’est qu’il cherche toujours les lucioles qui brillent (en référence à Pasolini), à mettre le doigt sur ce qui reste possible. Donc c’est assez encourageant. Je le dis avec beaucoup d’affection.

Pouvoir de la narration

Les arts n’ont pas tous les mêmes qualités. Je pense qu’il n’y a que la littérature qui offre cette densité.

Mercy, Mary, Patty

Lola Lafon est une écrivaine comme je les aime. Elle est au fait de ce qu’elle raconte. Les histoires qu’elle raconte ne sont pas les siennes, mais elle arrive à y fondre ses propres sentiments, sa propre biographie. Ce sont d’ailleurs souvent des histoires féminines. Elle avait écrit ce livre magnifique "La Petite Communiste qui ne souriait jamais" (2014). Ce dernier ouvrage autour des figures de Mercy Short, Mary Jamison et Patricia Hearst, est tout aussi remarquable.

  Livre Fiction
Mercy, Mary, Patty
Auteur: Lafon, Lola (1974-....)
Edition: Actes Sud
Collection: Domaine français

Le Quatrième Mur

Sorj Chalandon est un auteur que je lis avec beaucoup de régularité. Je le lisais déjà quand il était grand reporter à Libération. Je trouve ses romans formidables notamment parce qu’il travaille sur des sujets sur lesquels il est extrêmement documenté, qui sont parfois même inspirés d’histoires dont il a été l’un des personnages centraux, comme dans "Mon traître". J’ai un attachement particulier pour "Le Quatrième Mur" qu’il a écrit à Beyrouth, alors en guerre. C’est l’histoire d’un jeune homme, juif, qui veut monter "Antigone", en prenant des acteurs dans chaque camp. Donc avec une Palestinienne, un phalangiste... Tout ça finit très mal. J’aime énormément quand on met en perspective mythe ancien, tragédie classique, avec des choses contemporaines. Cela nous raconte toujours quelque chose ce type de correspondance.

Le Syndrome E

Franck Thilliez a une écriture qui va droit au but, sans affectation mais qui s’appuie sur une documentation renversante sur les sujets qu’il aborde dans ce polar-thriller extrêmement sophistiqué. Je suis assez admiratif de ce travail-là. C’est typiquement le genre de livre qu’il faut lire quand on n’est pas en forme parce qu’on plonge dedans, on s’extrait du monde. On commence à lire, et si on se laisse aller, on n’en sort plus. A lire d’une seule traite. Je veux absolument arriver au bout, savoir, comprendre. C’est extrêmement fort de bâtir des récits comme ça. Et c’est assez rare des livres qui ont cette puissance narrative.

Le Vieux Saltimbanque

J’ai choisi son dernier roman dans lequel il y a quelques saillies formidables. Exceptionnelles même. Mais c’est toute son œuvre de Jim Harrison, qui est d’une vitalité invraisemblable. Ce ne sont que des histoires d’amour, de bouffe, d’alcool, mais il a cette façon d’embrasser le monde avec une telle puissance. Ce sont des romans qui parlent fortement du monde, qui essaient d’en rendre tous les aspects. C’est dans ces livres que je mesure la supériorité du roman sur le cinéma. D’abord, il y a la digression qui reste très formelle au cinéma. Le flashback. Et puis il y a la longueur. Certains romans, il faut dix heures pour les lire. Ce n’est pas vrai que les séries rattrapent ça, elles développent plus de personnages mais n’arrivent pas à être aussi denses. Je pense qu’il n’y a que la littérature qui offre cette densité. Les arts n’ont pas tous les mêmes qualités. Et puis Jim Harrison aimait beaucoup le Bandol, le domaine Tempier dont il parlait sans arrêt. Ça  tournait à l’obsession !

Sources d’inspiration

C’est comme une chanson qu’on peut écouter sans arrêt toute sa vie.

Martin Eden

Je crois qu’on est obligé de penser que j’aime Jack London ! Martin Eden est un personnage auquel je me suis beaucoup identifié, qui m’a toujours fasciné. Bien entendu, toute l’œuvre est à considérer. Je ne suis pas autodidacte et je n’ai pas non plus eu son parcours d’aventurier, pourtant le déclassement qui, à la fin, le rend très malheureux, est un sentiment que j’ai toujours éprouvé très fortement. Je m’en  suis sorti autrement que lui, mais j’ai continué à me situer du côté du monde dans lequel je suis né. Jusqu’à l’accent que j’ai toujours alors que ça fait quarante ans que je vis à Paris ! Si je n’avais pas parlé comme mon père, ça m’aurait apparu comme une trahison. Je me serais dit : « Tu es foutu. » On cite souvent les dernières phrases du roman : « Il avait sombré dans la nuit. Et au moment même où il le sut, il cessa de le savoir. » Mais il y a une scène que je trouve bouleversante, c’est quand il revient dans le quartier où il est né et qu’il comprend qu’il n’est plus de ce monde-là. Il ne fait plus partie de son monde d’origine, mais il sait aussi qu’il ne fait pas partie de l’autre. Il n’a plus de monde, de territoire, d’espace. Il faut voir également l’exposition Jack London dans les mers du sud, à La Vieille Charité à Marseille, jusqu’au 7 janvier.

New York, New York

Je parle souvent de Pasolini, Fellini, du cinéma italien, mais là, je voulais parler de Scorsese et de "New York, New York". C’est un film que je peux regarder une fois par semaine. C’est un spectacle total. C’est peut-être parce que c’est un spectacle total que je peux le regarder une fois par semaine. C’est comme une chanson qu’on peut écouter sans arrêt toute sa vie. La scène de fin, quand De Niro va voir Liza Minelli chanter, c’est exceptionnel ! Je frissonne à chaque fois que je la vois. Maintenant que j’en reparle, je ne suis pas loin de penser –  où vont se nicher les choses ! – qu’au début du film, quand le personnage de De Niro fait semblant d’avoir une jambe en bois, que ça m’a influencé pour le personnage de Marius ("Marius et Jeannette", 1997). On ne le saura jamais. Je sais que ça n’a pas été conscient, mais à force de le revoir… C’est un film que je recommande comme un médicament pour soigner la dépression. Stylistiquement, c’est d’une beauté sidérante. La forêt est en plastique mais elle est plus belle qu’une vraie. C’est beau parce que l’on se fout que ça soit beau.

Le Voyage à Tokyo

C’est un film qu’on situerait presque à l’opposé de celui de Scorsese. J’ai choisi "Le voyage à Tokyo" plus qu’un autre film, parce que c’est la vie même. On a l’impression que c’est un seul plan, d’une fluidité totale, sans heurts, sans effets. Chaque scène est évidente. Certaines sont terribles. C’est époustouflant.

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