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Médiathèque départementale des Deux-Sèvres

Pierre Lemaitre

4 thèmes | 11 oeuvres
Avec son roman, "Au revoir là-haut", prix Goncourt 2013, Pierre Lemaitre a rencontré un succès exceptionnel. "Au revoir là-haut", dont l’adaptation au cinéma par Albert Dupontel sort ces jours-ci sur les écrans, est le premier volet d’une trilogie. Le deuxième tome, "Couleurs de l’incendie," sera publié au début de l’année 2018, et se situera dans la période de l’entre-deux-guerres. Le troisième volet portera sur les années quarante. En attendant leur parution, Pierre Lemaître est notre invité.

Cinéma et littérature

Mon choix est très littéraire. "Garde à vue", c’est surtout pour Audiard, "Un Dimanche" "à la campagne" est une adaptation, "Les Vestiges du jour" aussi.

Garde à vue

J’ai l’impression que toutes les personnes impliquées dans la fabrication de ce film sont au sommet de leur art. Claude Miller est au sommet de son art de metteur en scène, les comédiens sont au sommet de leur art. Michel Serrault, qui est à mon avis l’un des plus grands comédiens du monde, est à la hauteur d’un De Niro. C’est un homme qui a une palette extraordinaire. Lino Ventura est au sommet de sa sobriété, Guy Marchand, qui ne pourra jamais faire mieux, est vraiment au top. Surtout, au sommet de son savoir-faire, il y a Michel Audiard, scénariste et dialoguiste du film. Pour se rendre compte à quel point le cinéma français peut être brillant, il suffit de regarder l’épouvantable remake qui a été fait avec Gene Hackman, un film au scénario débile, tourné à la hache. Ils auraient mieux fait de diffuser le film de Claude Miller dans une version sous-titrée. Ces gens-là pensent toujours qu’ils peuvent faire mieux que les autres. Ils l’ont cru jusqu’à l’élection de Donald Trump.

Un dimanche à la campagne

J’aime énormément le cinéma de Tavernier. Je pense que c’est un des monstres sacrés du cinéma français. Dans ce film, il fait quelque chose que je fais aussi beaucoup dans mes romans, il décide de rendre hommage à un écrivain. Il s’agit ici de Pierre Bost, plus connu comme scénariste et dialoguiste que comme romancier. Tavernier adapte "Monsieur Ladmiral va bientôt mourir", un roman touché par la grâce. Il y a un bonheur d’expression, une qualité émotionnelle absolument rare, dans un petit livre très ramassé qui fait un petit peu penser à la qualité de ceux de Louis Guilloux, qui est aussi une autre de mes grandes admirations. Je trouve que le travail de Tavernier est un modèle d’adaptation. On peut toujours se poser la question de savoir pourquoi un metteur en scène va adapter un livre. Mon idée est que l’adaptation n’est justifiée qu’à la condition qu’elle apporte une plus-value au roman. Et là Tavernier montre qu’en tant que scénariste il a fait une adaptation intelligente. Il y a quelque chose qui n’est pas mieux que dans le livre, mais qui est propre au cinéma et qui l’éclaire différemment. C’est une question du point de vue.

Les Vestiges du jour

Comme dans "Garde à vue",  on a ici deux acteurs au sommet de leur art, Emma Thompson et Anthony Hopkins. J’avais énormément aimé le livre de Kazuo Ishiguro (Prix Nobel de littérature 2017). J’estime d’ailleurs que c’est son plus grand livre. Je trouve que là aussi, James Ivory montre que le cinéma, quand il est respectueux de la littérature, peut faire des choses formidables. Je mets le film à égalité de qualité avec le roman originel. Ivory est respectueux de l’univers de Ishiguro auquel il ajoute son point de vue. Et la magie de l’image ! C’est quelqu’un qui film magnifiquement. Si un jour James Ivory s’intéressait à l’un de mes livres, je dirais oui sans hésitation ! (rires)

Littérature et musique

Quand j’enseignais la littérature à des adultes, je me suis beaucoup battu pour expliquer que la difficulté que rencontrent les gens avec Proust, c’est une question de musique.

La Marche de Radetzky

C’est l’un des grands romans sur la décadence européenne. Ce qui m’a fasciné dans cette histoire qui se situe à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, outre l’écriture de Joseph Roth, c’est la manière dont il évoque la décadence européenne de cette époque, qui va, un peu comme dans mon roman "Au revoir là-haut," se reconstituer après la Première Guerre mondiale. C’est à la fois un bouquin littérairement et historiquement passionnant. L’écriture de Roth, qui est autrichien, est magnifiquement traduite en français. C’est un roman absolument magique.

Un Amour de Swann

C’est le livre que je conseille aux gens qui ont peur de lire Proust. Parce que dans "Un Amour de Swann," il y a une unité narrative : un début, un milieu, une fin. Il y a une vraie histoire autour de la jalousie de Swann. Proust a une rythmique particulière, un peu comme celle des alexandrins : tatata, tatata, tatata. La plupart des gens qui ont renoncé à lire Proust, c’est parce qu’ils ont essayé de le lire comme un livre habituel, comme un livre de Pierre Lemaitre ! Je l’ai beaucoup lu en préparant le marathon dans ma jeunesse. Les entraînements, c’est 25, 30 bornes. C’est long. On s’ennuie beaucoup. Alors j’écoutais Proust. Vraiment j’insiste beaucoup. Ceux qui n’y arrive pas, ce n’est pas parce que c’est difficile, c’est parce qu’ils n’ont pas compris quelle était la rythmique particulière de Proust.

La Ballade du café triste

Ce n’est pas le premier titre de Carson McCullers auquel on pense habituellement. On cite généralement "Le Cœur est un chasseur solitaire" ou "Reflets dans un œil d’or". "La Ballade"… est un petit roman absolument magique. Je considère ce texte comme son grand œuvre. C’est une histoire, qui montre que l’amour peut naître entre des êtres extraordinairement différents. Elle avait déjà fait ça dans "Le Cœur"… puisqu’on avait deux sourds-muets qui tombaient amoureux l’un de l’autre. Dans ce livre, elle nous raconte la relation, assez improbable, entre une femme tenancière de drugstore, forte femme qui fait facilement le coup de poing avec les clients un peu bourrés, et un petit bossu qui fait vingt-cinq centimètres de moins qu’elle, qui débarque un jour et dont elle tombe éperdument amoureuse. Carson McCullers a ce pouvoir magique de faire exister des personnages auxquels, sous une autre plume, on ne croirait pas une seconde. Carson McCullers fait partie de mes grandes admirations.

  Livre Fiction
La ballade du café triste
Auteur: Mac Cullers, Carson (1917-1967)
Edition: Livre de poche
Collection: Biblio

Au revoir là-haut

L’une des questions que j’avais posée aux réalisateurs qui se sont proposés pour adapter mon roman, était justement celle du point de vue dont je parlais pour "Un dimanche à la campagne" de Bertrand Tavernier. Ce qui m’a plu dans l’intention d’Albert Dupontel, c’est qu’il a changé un point de vue important. Dans le roman, l’histoire est plus vue à travers le regard du personnage qui s’appelle Edouard, alors que dans le film, on voit plus l’histoire à travers le personnage d’Albert. Du coup, c’est la même histoire mais elle nous est racontée d’un autre point de vue. Et Albert (Dupontel) a des trouvailles scénaristiques formidables, des scènes qui n’existaient pas dans le livre mais qui sont totalement pertinentes par rapport à l’univers du roman.

Musique

Parfois, certains disent d’un film qu’il est génial. Si un film est génial, qu’est-ce qu’on doit dire pour Mozart ?

Concerto pour clarinette

Parfois certains disent d’un film qu’il est génial. Si un film est génial, que dire de Mozart. Le concerto est construit en trois mouvements et sur le plan émotionnel, c’est une perfection. Le second mouvement, qui est très lent, est d’une force d’une puissance émotionnelle exceptionnelle. Mozart montre là qu’il a un art purement émotionnel, purement émotif.

Marche pour la cérémonie des Turcs

C’est une musique qui accompagne la pièce de Molière, "Le Bourgeois gentilhomme". C’est pour moi une salutation au théâtre qui a été ma première grande passion. Ma première grande vocation, quand j’avais dix-sept ans, c’était de devenir acteur. Au fond, j’aime le théâtre classique, j’adore la Comédie-Française. Je ne voulais pas seulement être acteur, je voulais être acteur au Français. On dit du mal de ces grandes institutions mais la Comédie-Française est irremplaçable. On a des acteurs admirables, qui travaillent beaucoup, c’est un creuset. Mon choix de Lully, c’est à la fois le regret de ne pas être devenu acteur et de n’être que romancier, ma salutation au théâtre, et ce clin d’œil à la Comédie-Française.

Séries

"Breaking Bad", pour les trouvailles narratives, et "The Wire" parce que ce sont des romanciers qui l’ont scénarisé. Comme pour le cinéma, c’est un choix très romanesque. Je suis en train d’écrire une série pour Arte, une adaptation de l’un de mes livres, "Cadres noirs". La première saison raconte l’histoire d’un chômeur de 57 ans qui passe un entretien d’embauche avec un Beretta chargé à balles réelles. C’est un thriller sur le chômage des seniors et le cynisme des managers dans les entreprises.

Breaking Bad

Je crois que sur le plan de la narration, Breaking Bad est ce qui s’est fait de mieux ces dernières années. Et Dieu sait qu’il y des choses formidables qui ont été faites dans le domaine des séries depuis. On pourrait vraiment étudier la construction de Breaking Bad dans les écoles de cinéma. La cohérence de l’univers, la notion de suspens, de surprise, le fait que les personnages évoluent au fil de l’histoire, tout ça forme quasiment un modèle. "Breaking Bad", est la démonstration que la série télévisée est le chaînon manquant entre le roman et le cinéma. Le problème du cinéma vient de la contrainte de la durée. L’obligation pour le spectateur de rester dans une salle, concentré, au-delà de deux heures. Les séries combinent l’art visuel de raconter des histoires avec l’ampleur romanesque qu’on ne retrouve que dans les grands romans, comme chez Alexandre Dumas ou Léon Tolstoï. C’est pour ces raisons qu’à mon avis les séries peuvent être considérées comme un art majeur.

The Wire (Sur écoute)

Le pari est absolument fou. Il n’y a quasiment que des acteurs black. C’est une série qui est à mi-chemin entre la fiction et le documentaire, âpre, dure, sans aucune concession aux codes de la télévision. Cela prouve que l’on peut dépasser les cadres établis par la majorité des diffuseurs et leurs craintes de ne pas rassembler assez de spectateurs. "The Wire" prend tout à contre-pied en s’affranchissant de tous les standards du genre. Tout est parfait à commencer par le jeu des acteurs. Il n’y a pas un seul cinquième, sixième rôle, qui n’a qu’une phrase à dire et qu’on ne reverra plus, qui n’est pas absolument parfait. Là aussi, on retrouve des romanciers à l’écriture des scénarii : Richard Price, Dennis Lehane, George Pelecanos… Ce n’est pas du menu fretin.

Sur écoute
CVS
Sur écoute
Auteur: Chapelle, Joe
Edition: Warner Bros. Entertainment France S.a.s (prod.)
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